Sud tunisien : les derniers habitants des maisons troglodytes

Depuis des siècles, des familles vivent dans des maisons souterraines dans les vallées de la région du Djebel Dahar, au sud de la Tunisie.  

Les habitations, creusées dans le sol dans les vallées de la région du Djebel Dahar, attirent des touristes du monde entier.

Treize images de Zohra Bensemra, photojournaliste algérienne de l'agence Reuters, désignée en 2017 "Photographe de l’année" par le quotidien britannique The Guardian, illustrent ce propos.

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Les monts Matmata dominent le village du même nom, situé à 365 km de Tunis, dans la vaste plaine de la Djeffara, à cheval sur le sud-est de la Tunisie et le nord-ouest de la Libye. Depuis des siècles, des familles berbères vivent là dans des maisons enfouies dans le sol.   ZOHRA BENSEMRA/REUTERS
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Dans cette région du Djebel Dahar, parsemée de palmiers et d'oliveraies, ce type d’habitat permet de maintenir à l’intérieur une fraîcheur pendant les canicules d'été et de résister aux vents hivernaux. ZOHRA BENSEMRA/REUTERS
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Dans les années 1960 et 1970, le président Habib Bourguiba décide de moderniser le pays. De nouvelles villes sont construites, ce qui entraîne un exode rural important. D’autres raisons ont accentué ce phénomène dans la région : conflits liés à l'héritage, pluies et sècheresses extrêmes qui fragilisent ce type de maisons. ZOHRA BENSEMRA/REUTERS
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Mais nombre d’habitants sont nés ici, possèdent un petit terrain dans les montagnes et n’ont pas les moyens de s’offrir une nouvelle vie. Certains ont accusé Bourguiba de vouloir dissoudre les communautés berbères. Pour toutes ces raisons, beaucoup de familles ont préféré rester dans ces demeures troglodytiques ancestrales. ZOHRA BENSEMRA/REUTERS
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"Mon père est mort, ma mère est morte, mes sœurs se sont mariées, je suis restée seule. Si je pars, la maison disparaîtra", raconte une femme qui vit dans une maison troglodyte de cinq pièces dans le village de Tijma. ZOHRA BENSEMRA/REUTERS
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Saliha Mohamedi, une autre habitante qui réside là avec son mari et ses quatre enfants, ajoute : "Je ne veux pas quitter ma maison, ce serait comme si je jetais ma vie et mes traditions." ZOHRA BENSEMRA/REUTERS
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Pourtant, vivre ici est difficile. Certaines maisons ne possèdent toujours pas l’électricité. "Nous devons aller chercher l'eau et le bois", explique Mounjia, une autre résidente. ZOHRA BENSEMRA/REUTERS
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Ces maisons sont composées de pièces mesurant quatre à cinq mètres de profondeur sur deux mètres de hauteur, taillées directement dans la roche. Un couloir, appelé skifa, permet d’accéder à une cour circulaire creusée dans le sol. ZOHRA BENSEMRA/REUTERS
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La vie sociale se déroule dans cette cour : l’on y accueille les visiteurs ou l’on y effectue des transactions commerciales. Dans la cour débouchent les ghorfas, cellules utilisées comme grenier.   ZOHRA BENSEMRA/REUTERS
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Hedi Ali Kayel, 65 ans, tient une petite boutique dans le village de Haddej. Il est l'une des dernières personnes de la région à savoir encore construire et entretenir ce type d’habitat qui exige un savoir-faire particulier. La dernière maison qu'il a creusée remonte aux années 1970. Aujourd’hui, il mène un combat solitaire pour sauver celles qui existent encore. "Chaque fois qu'il pleut, je viens les réparer. Je ne les laisse pas se délabrer", précise-t-il. ZOHRA BENSEMRA/REUTERS
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La plupart des habitants vivent de l'oléiculture et du tourisme car Matmata est devenue une destination populaire après qu'un ksar (ensemble de ghorfas), réhabilité en hôtel, a été utilisé dans les années 1970 comme décor dans le célèbre film Star Wars. ZOHRA BENSEMRA/REUTERS
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Avant le tournage, nombre de Tunisiens avaient l’habitude de venir passer là leur week-end. Depuis la sortie du film, les touristes étrangers ont afflué pour découvrir ces demeures atypiques. De nouvelles maisons et des boutiques ont été creusées dans la roche pour satisfaire cette nouvelle clientèle. Mais depuis le printemps arabe en 2011 et les attaques terroristes à Tunis et à Sousse en 2015, le nombre de visiteurs a fortement chuté. ZOHRA BENSEMRA/REUTERS
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Malgré tout, Saliha continue, en échange de quelques pièces, de faire visiter sa demeure aux visiteurs de passage. Elle déclare à l’agence Reuters : "Si j'avais une autre maison, je la donnerais à mes enfants, car c'est ici que nous avons passé nos vies". ZOHRA BENSEMRA/REUTERS
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