"Il capitalise à fond" : derrière les barreaux à deux jours de l’élection présidentielle tunisienne, le sulfureux candidat Karoui caracole en tête des sondages

Nabil Karoui, le 17 novembre 2011, à Tunis.
Nabil Karoui, le 17 novembre 2011, à Tunis. (FETHI BELAID / AFP)

Emprisonné depuis trois semaines pour "blanchiment d'argent" et évasion fiscale, l'homme d'affaires controversé Nabil Karoui est en tête des sondages et pourrait bien, dans deux jours, passer le premier tour de l'élection présidentielle tunisienne depuis sa cellule.

On surnomme souvent Nabil Karoui le "Berlusconi tunisien". Sulfureux homme d’affaires, publicitaire, patron d’une télévision privée, tous les projecteurs sont braqués sur lui, en tête des sondages depuis trois semaines, à deux jours du premier tour de l’élection présidentielle en Tunisie. Poursuivi pour "blanchiment d'argent" et évasion fiscale, l’homme, en détention, se retrouve dans l’impossibilité de mener sa campagne.

De la propagande "dix heures par jour"

Le candidat Karoui tient sa popularité de son émission, dans laquelle on le voit sillonner le pays pour aider les plus démunis. "C’est une forme de de populisme qui joue sur la misère des gens et qui se joue des lois", explique Zied Krichen, éditorialiste et analyste politique.

Pour un public français, il faudrait un instant que la première chaîne du pays TF1 ne reconnaisse plus le CSA et se comporte comme une chaîne voyou totalement au service de son patron et qui lui fait de la propagande dix heures par jour.Zied Krichen, éditorialisteà franceinfo

De la propagande dix heures par jour, Nessma, la chaîne de Karoui, n’a fait que cela pendant trois ans, à en croire l'éditorialiste. Nabil Karoui, lui, martèle qu’il est un candidat antisystème, que lui saura abolir la pauvreté et que les partis traditionnels ont échoué. Qu’ils n’ont, en somme, rien fait pour le peuple. Pourtant, s’il se dit anti-système, l’homme oublie cependant de rappeler qu’il y a peu, il appartenait encore à l'un des plus importants partis du pays.

Arrêté et emprisonné il y a trois semaines

Le coup de théâtre est survenu il y a trois semaines : si Nabil Karoui est inquiété par des procédures judiciaires depuis des années, il est cette fois-là arrêté et emprisonné en détention préventive. Pour Zied Kirchen, il ne fait aucun doute que le pouvoir a voulu écarter Nabil Karoui. Cela s’avère cependant parfaitement contreproductif : "Toute cette opération va le mettre sur une rampe de lancement extraordinaire, il capitalise à fond…", analyse Zied Krichen. En publicitaire averti, Nabil Karoui sait retourner ses mésaventures en opportunité. Aussi, lors de ses meetings, c’est désormais sa femme qui s’exprime. Sur scène, c’est sa femme désormais qui s’exprime en son nom. Pour délivrer un discours bien rodé : il n’est pas le seul en prison, car "tous les Tunisiens sont en prison".

Son arrestation est pour lui une formidable opportunité

Son équipe doit bien l’avouer : l’arrestation de Nabil Karoui est une formidable opportunité. D’autant plus qu’elle s’y était préparée. Son porte-parole Abdelaziz Belkodja est gonflé à bloc : "Avec la force du suffrage universel, M. Karoui sortira de prison, assure-t-il. Par la force s’il le faut, pour nous. C’est l’armée qui transfèrera M. Karoui de la prison à la présidence : ce serait quand même une sacrée première dans l’Histoire !" La Cour de cassation tunisienne doit examiner vendredi un recours contre l'arrestation de Nabil Karoui, selon ses avocats. Si la justice le maintien en détention, la situation risque de devenir surréaliste : dimanche, l’homme d’affaire pourrait passer le premier tour… depuis sa prison.

Derrière les barreaux à deux jours de l’élection présidentielle tunisienne, le sulfureux candidat Karoui caracole en tête des sondages : Maurine Mercier
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