Tunisie : des négociations s'ouvrent entre les islamistes et un puissant syndicat

Un manifestant antigouvernement brandit un drapeau tunisien à Tunis (Tunisie), dimanche 11 août 2013.
Un manifestant antigouvernement brandit un drapeau tunisien à Tunis (Tunisie), dimanche 11 août 2013. (EMIN ENDULISI / ANADOLU AGENCY / AFP)

Alors que l'opposition défile chaque jour contre le gouvernement, les membres d'Ennahda au pouvoir tendent la main à l'UGTT, capable de paralyser le pays.

Dimanche soir, ils étaient encore des centaines à défiler dans les rues de Tunis. Le parti islamiste tunisien au pouvoir et le puissant syndicat UGTT doivent tenir leurs premiers pourparlers, lundi 12 août, en pleine crise déclenchée par l'assassinat d'un opposant fin juillet.

L'Union générale tunisienne du travail (UGTT), forte d'un demi-million d'adhérents et capable de paralyser le pays, a indiqué que le chef du parti Ennahda, Rached Ghannouchi, celui du syndicat, Houcine Abassi, et le président de l'Assemblée nationale constituante (ANC), Mustapha Ben Jaafar, participeraient aux discussions. Cette réunion intervient après quatre jours chômés en Tunisie marquant la fin du ramadan. 

Les islamistes au pouvoir sont notamment accusés de vouloir revenir sur les acquis des femmes, et d'avoir favorisé, par leur laxisme voire leur complaisance, l'essor de la mouvance salafiste, dont les actions violentes déstabilisent régulièrement le pays depuis la révolution de janvier 2011. 

Quelle base pour les discussions ?

Mustapha Ben Jaafar a annoncé la semaine précédente le gel des travaux de la Constituante tant que des négociations regroupant tous les acteurs politiques et socio-économiques n'étaient pas lancées. Il avait demandé à l'UGTT de parrainer d'éventuels pourparlers. La centrale syndicale, tout comme le patronat, réclame la démission du gouvernement dirigé par Ennahda et la mise en place d'un cabinet de technocrates.

Le syndicat est cependant opposé à la dissolution de la Constituante réclamée par une coalition d'opposition hétéroclite. Le parti islamiste propose, pour sa part, d'élargir le gouvernement à d'autres forces politiques ainsi que des élections en décembre. 

La dissolution de la Constituante au cœur des revendications

Dans la rue, comme tous les soirs depuis l'assassinat le 25 juillet de l'oppposant Mohamed Brahmi, l'opposition a organisé une manifestation dimanche. Plusieurs centaines de manifestants se sont rassemblés en début de soirée devant le siège de l'ANC et les 60 députés boycottant la Constituante ont décidé, qu'à tour de rôle, plusieurs d'entre eux passeraient la nuit sur place.

Après près d'une semaine de pause, les partisans du gouvernement ont aussi repris dimanche soir un rassemblement à quelques dizaines de mètres de celui des opposants. En début de soirée, ils étaient plusieurs dizaines à manifester. De son côté, le mouvement Tamarrod (rébellion), une organisation qui se veut apolitique, a annoncé dimanche que neuf militants observaient, depuis la veille, une grève de la faim devant l'Assemblée.

"On restera jusqu'à ce que notre demande, la dissolution de l'ANC et de toutes les institutions qui en découlent, soient acceptées", a expliqué un responsable de Tamarrod, qui revendique 1,6 million de signatures de soutien.

Vers un gouvernement de salut national ?

La coalition d'opposition allant de l'extrême gauche au centre droit a exclu samedi toute négociation avec Ennahda tant qu'un gouvernement de salut national n'était pas en place. Elle compte proposer un cabinet alternatif composé d'indépendants dans les jours qui viennent.

Après avoir rassemblé des dizaines de milliers de partisans le 6 août, les détracteurs du gouvernement prévoient aussi d'organiser un nouveau grand rassemblement pour marquer le 13 août, jour anniversaire de la promulgation du code du statut personnel en 1956, octroyant aux Tunisiennes des droits sans pareil dans le monde arabe, sans pour autant consacrer l'égalité.

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