"Pour éviter les violences, le gouvernement doit rassurer les Tunisiens"

La mort de Chokri Belaïd, opposant au gouvernement tunisien, a provoqué une vague de manifestations dans le pays, le 6 février 2013.
La mort de Chokri Belaïd, opposant au gouvernement tunisien, a provoqué une vague de manifestations dans le pays, le 6 février 2013. (FETHI BELAID / AFP)

L'assassinat de Chokri Belaïd, leader de l'opposition de gauche, a declenché de violentes manifestation dans le pays. Francetv info revient sur cet événement avec Kader A. Abderrahim, chercheur à l'Iris.

Un assassinat politique. Mercredi 6 février, Chokri Belaïd, chef du mouvement d'opposition de gauche des Patriotes démocrates, a été tué à Tunis (Tunisie). Alors que l'auteur de l'assassinat est toujours inconnu, des manifestations de protestation ont eu lieu dans plusieurs villes et des affrontements ont éclaté entre manifestants et forces de l'ordre. Francetv info revient sur cet événement avec Kader A. Abderrahim, chercheur associé à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), et spécialiste du Maghreb et de l'islamisme.

Francetv info : Pourquoi l'assassinat de Chokri Belaïd a-t-il provoqué des réactions si vives ?

Kader A. Abderrahim : Chokri Belaïd était un personnage symboliquement et politiquement important. Il était une figure emblématique de l'opposition de gauche, ouvertement hostile au régime actuel. Un opposant particulièrement virulent ces derniers temps, d'ailleurs. Il pointait du doigt les problèmes dans la gestion de l'Etat, et accusait les forces de l'ordre de rester passives face aux agressions, notamment celles qui auraient été commises par la Ligue de protection de la révolution [aujourd'hui vu comme un bras armé d'Ennahda, le parti islamiste au pouvoir]. Cet assassinat, qui porte clairement une forte dimension politique, est particulièrement dramatique dans le contexte actuel en Tunisie. 

Pour quelle raison ?

La Tunisie est dans une transition qui n'a toujours pas abouti. Depuis plusieurs mois, un climat d’insécurité et d'instabilité s'est installé dans le pays. Plusieurs partis d'opposition ont accusé des milices pro-islamistes d'organiser des heurts ou des attaques contre les opposants. Et il faut reconnaître que le gouvernement actuel ne délivre pas un message clair au peuple. Il existe également une confusion autour des rôles des trois partis au pouvoir dans la composition du futur gouvernement. Bref, il est difficile de comprendre l'ensemble de la situation actuelle. On peut se demander d'ailleurs s'il n'y a pas d'autres éléments qui cherchent à déstabiliser le pays. Peut-être des partisans de l'ancien régime ?

Cet assassinat est-il un tournant ? A quelles réactions du gouvernement et du peuple peut-on s'attendre ?

Il s'agit tout d'abord de trouver les commanditaires du meurtre. Ouvrir une enquête qui permettra de trouver l'assassin sera un geste important pour le gouvernement. Pour éviter des dérapages plus importants, ils doivent rassurer les Tunisiens et montrer que ce n'est pas le gouvernement qui pratique de tels actes de terrorisme.

Les gens sont déjà dans la rue, mais il est trop tôt pour apprécier l'ampleur de la protestation. Réprimer la contestation pourrait provoquer la violence. Et cela serait dévastateur pour le processus de transition démocratique dans lequel la Tunisie s'est engagée depuis la révolution de 2011.

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