Tunisie : pourquoi le gouvernement et l'opposition tardent à négocier

Le Premier ministre tunisien, Ali Larayedh, s\'exprime lors d\'une conférence de presse, le 23 octobre 2013 à Tunis. 
Le Premier ministre tunisien, Ali Larayedh, s'exprime lors d'une conférence de presse, le 23 octobre 2013 à Tunis.  (ZOUBEIR SOUISSI / REUTERS)

Le Premier ministre s'est engagé à démissionner, mais ses propos sont jugés "ambigus" par l'opposition. Ce qui empêche le démarrage du dialogue national de sortie de crise.

La crise politique perdure en Tunisie. D'autant que le démarrage du "dialogue national" de sortie de crise a été reporté au vendredi 25 octobre. Il devait pourtant commencer deux jours plus tôt, après un engagement du gouvernement à démissionner. Mais l'opposition a jugé "ambigus" les propos du Premier ministre, l'islamiste Ali Larayedh, sur cet engagement.

La crise politique paralyse le pays depuis le 25 juillet et l'assassinat du député d'opposition Mohamed Brahmi, un crime attribué à la mouvance jihadiste. Mouvance dont l'essor ne cesse de déstabiliser le pays. Six gendarmes et un combattant armé ont été tués, mercredi, dans des affrontements avec un groupe "terroriste" dans la région de Sidi Bouzid (centre-ouest du pays). 

Ce que prévoit l'accord du 5 octobre

Le gouvernement et l'opposition s'étaient entendus le 5 octobre sur les conditions d'un "dialogue national". La feuille de route prévoit qu'un nouveau Premier ministre "indépendant" soit désigné une semaine après le début de cette réunion. Un cabinet de technocrates doit aussi être formé dans les deux semaines qui suivent et le gouvernement est censé démissionner à l'issue de ce processus.

Mais dans le même temps, l'opposition et Ennahda, le parti islamiste de l'actuel Premier ministre, doivent aussi s'entendre sur le contenu de la nouvelle Constitution. Un point qui pose problème puisque l'élaboration d'un nouveau texte reste en panne. Il s'agit de rédiger une loi électorale, former une instance chargée d'organiser les élections et fixer le calendrier des scrutins.

Ce que dit le Premier ministre

Le Premier ministre s'est engagé mercredi "sur le principe de renoncer au gouvernement dans le cadre de la complémentarité des différentes phases de la feuille de route" du dialogue national. "Nous ne nous soumettrons à personne", a-t-il toutefois ajouté.

Ali Larayedh avait déjà posé les conditions de sa démission, dans une interview publiée dimanche par Reuters (en anglais). Il demandait comme préalable que les deux parties aient respecté les termes de leur accord, c'est-à-dire la rédaction d'une nouvelle Constitution, l'établissement d'une date pour les élections et une nouvelle commission électorale.

Ce que répond l'opposition

L'opposition a rapidement demandé des "éclaircissements" concernant le discours du Premier ministre. "Nous allons mener plus de concertations avec le Premier ministre pour avoir plus d'éclaircissements sur son discours [de mercredi]", a fait savoir le secrétaire général du syndicat UGTT, principal médiateur de la crise politique, ajoutant que le début du dialogue aurait lieu vendredi à 10 heures.

Bien que le président, Moncef Marzouki, a assuré qu'Ali Larayedh "ne reviendrait pas sur le principe d'une démission tant que l'Assemblée nationale constituante acceptait de désigner une commission électorale indépendante (...)", l'opposition n'a pas souhaité entrer dès mercredi dans le "dialogue national". Elle réclame que le gouvernement s'engage à partir dans les trois semaines qui suivent le début des négociations.

Ce que réclament les manifestants

Lest tensions demeurent palpables dans la rue tunisienne. Mercredi, quelques milliers de militants de l'opposition ont manifesté à Tunis pour réclamer le départ du pouvoir d'Ennahda. Dans la soirée, ils étaient encore quelques dizaines place de la Kasbah, où siège le gouvernement, certains y dressant une tente pour y passer la nuit.

La Tunisie ne parvient pas à sortir de ses problèmes sociaux et économiques depuis de nombreux mois. C'est dans ce contexte, que les manifestants ont proclamé mercredi des slogans du type "Dégage" ou encore "Gouvernement de traîtres, démissionne !", comme l'indique Le Parisien.

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