Tunis : "L'attentat s'inscrit dans un arrière-plan chaotique au niveau sécuritaire"

Des militaires tunisiens quittent le musée du Bardo, après un attentat meurtrier, commis le 18 mars 2015.
Des militaires tunisiens quittent le musée du Bardo, après un attentat meurtrier, commis le 18 mars 2015. (AHMET IZGI / ANADOLU AGENCY / AFP)

Deux assaillants ont été tués par les forces de l'ordre tunisiennes, mercredi, après l'attentat contre un musée de la capitale tunisienne.

Au moins 19 personnes ont trouvé la mort, mercredi 18 mars, dans l'attaque du musée du Bardo, à Tunis. Parmi les victimes, on dénombre deux Tunisiens et 17 touristes. Deux assaillants, soupçonnés d'avoir mené l'attaque, ont eux aussi été tués, selon un responsable du gouvernement.

Béligh Nabli, directeur de recherche à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), fait le point sur le contexte politique et sécuritaire tendu en Tunisie dans lequel s'est produit cet attentat.

>> Notre direct sur l'attaque du musée du Bardo à Tunis

Francetv info : La Tunisie est en pleine transition démocratique. L'attaque contre le musée du Bardo est-elle liée à ce contexte politique ?

Béligh Nabli : La Tunisie traverse une période post-électorale marquée par quelques incertitudes concernant la mise en place des nouvelles institutions de la deuxième République. Mais cette transition démocratique se passe bien, sans violences politiques ou situation de chaos institutionnel. On a assisté à la formation d'un nouveau gouvernement, associant les islamistes d'Ennahdha et le parti laïc Nidaa Tounes, qui a remporté les élections législatives en décembre. Le contexte politique est donc relativement stable et ne semble pas directement lié à ces événements.

Cette attaque terroriste était donc imprévisible ?

Pas exactement. L'attentat s'inscrit dans un arrière-plan chaotique au niveau sécuritaire. De nombreuses tensions sont ressenties depuis plusieurs mois à la frontière algérienne, théâtre d'attaques terroristes, ainsi qu'à la frontière avec la Libye. Le chaos politique qui règne dans ce pays, aux mains de milices depuis la mort du colonel Kadhafi, a permis l'entrée d'armes sur le territoire tunisien.

Et des armes sont sans doute tombées entre les mains des jihadistes salafistes tunisiens, qui se sont affirmés après la révolution de 2011. Ils ont refusé la transition démocratique et basculé dans la violence politique, en assassinant en 2013 deux figures de l'opposition laïque, Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi. Un certain nombre de ces jihadistes, revenus en Tunisie après être partis combattre en Syrie, représentent des menaces terroristes potentielles. Autant d'éléments qui ont consitué un terreau fertile pour cet attentat, sans commune mesure dans son ampleur et son organisation depuis la révolution.

Cet attentat peut-il fragiliser le système politique tunisien?

Ce drame devrait au contraire permettre un renforcement de l'unité nationale, car le parti islamiste Ennahdha a immédiatement condamné l'attaque. En ne laissant planer aucune ambiguïté sur son lien éventuel avec l'attentat, il a prouvé qu'il était partisan de la stabilité politique, ainsi que de la lutte contre le terrorisme.

Personne, au sein de l'échiquier politique, ne va donc contester le processus démocratique actuel. Les élus vont se rassembler autour du slogan de Nidaa Tounes durant les législatives, le retour à la sécurité. Cette attaque constitue un challenge pour l'Assemblée et le gouvernement, une responsabilité de plus à assumer : ils doivent à la fois faire face au défi sécuritaire et à celui de la transition démocratique.

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