Erosion de la côte au Togo : "Un jour la mer nous prendra par surprise et nous ne saurons pas où aller"

La mer avance de un à cinq mètres chaque année sur les côtes de l’Afrique de l’Ouest. Au Togo, les habitants sont obligés d’abandonner leurs maisons.

Les villages côtiers du Togo sont en danger. Chaque jour des familles fuient face à la montée des océans. Partout des maisons en ruine émergent du sable.

14 photos de Luc Gnago datées de février 2020 illustrent ce propos.

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Depuis plusieurs années, la ville côtière de Baguida, située à 13 km de Lomé, la capitale du Togo, est de plus en plus menacée par la montée des eaux. Il n’est plus rare de voir sur le rivage des bâtiments abandonnés en ruine.      LUC GNAGO / REUTERS
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Olivia Afanubo Hollalie, 27 ans, mère de trois enfants, vit dans une maison avec son mari à quelques mètres de la mer. "Je pense qu'un jour la mer nous prendra par surprise et nous ne saurons pas où aller", dit-elle à Reuters.    LUC GNAGO / REUTERS
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Les émissions mondiales de gaz à effet de serre à l'origine du réchauffement climatique entraînent une montée du niveau des océans. Ce phénomène accélère l'érosion côtière et les pays d'Afrique de l'Ouest situés sur la façade atlantique sont parmi les plus menacés. Au Togo, la moitié des côtes sablonneuses pourraient être emportées par les eaux d'ici la fin du siècle, selon la célèbre revue scientifique "Nature".    LUC GNAGO / REUTERS
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"Partout, l’océan gagne du terrain. Les statistiques du Centre national de données océanographiques du Togo révèlent que les effets de l’érosion côtière sont très importants et évalués en moyenne à 10 mètres par an sur 30 km. Des villages ont été totalement détruits. Avec pour corollaires un tissu social bouleversé, de la délinquance juvénile, de la déscolarisation, de la précarité… Sans logement, ni possibilité de subsistance, certaines victimes n’ont d’autre choix que d’errer", déclare Togotopnews.    LUC GNAGO / REUTERS
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Dans le village de Doevikope, situé sur la plage de Baguida, les trois quarts des habitants ont dû abandonner leurs maisons car l'océan a recouvert les terres agricoles, le terrain de jeu de l'école et le cimetière. "La mer veut même prendre nos morts", a déploré le chef du village Togbui Dorllayi, qui vit actuellement dans un abri de fortune fait de paille et de planches, après avoir reconstruit sa maison pour la sixième fois.    LUC GNAGO / REUTERS
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Le Programme de gestion du littoral ouest-africain (WACA), mis en place par la Banque mondiale lors de la COP21 en 2015, entend contribuer au développement durable du littoral ouest-africain en luttant contre l’érosion et les inondations côtières. Six pays en bénéficient : Côte d’Ivoire, Sénégal, Sao Tomé et Principe, Bénin, Mauritanie et enfin Togo.    LUC GNAGO / REUTERS
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Mais en raison de la croissance de la population côtière et de l’exploitation des ressources naturelles, dont beaucoup de personnes dépendent, la tâche s’avère colossale. En 2019 à Abidjan, en Côte d’Ivoire, le secteur privé (ports, mines, agriculture, pétrole et gaz, transport, hôtellerie et pêche) des six pays concernés s’est engagé, à travers la formation d’un Comité consultatif, à la mise en œuvre d’actions pour renforcer la résilience du littoral ouest-africain face aux changements climatiques.    LUC GNAGO / REUTERS
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Selon une étude de 2019 de la Banque mondiale, le littoral ouest-africain regroupe près d’un tiers de la population de la région et génère 56% de son PIB. La dégradation des zones côtières coûterait au total 3,8 milliards de dollars, soit l’équivalent de 5,3% de leur PIB à ces pays.   LUC GNAGO / REUTERS
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Au Togo, le ministère de l’Environnement, du Développement durable et de la Protection de la nature veut former 200 acteurs communautaires de la région maritime aux pratiques innovantes de gestion durable des terres, sur une période de deux ans. Ces formations ont pour but d’aider les populations à faire face aux défis de l’érosion côtière, de la pollution marine, et aux sinistres qui en découlent, précise le site Togo First.      LUC GNAGO / REUTERS
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Au-delà de son coût économique, la dégradation du littoral ouest-africain brise des vies et supprime les moyens de substance de millions de personnes. "La mer a tout détruit. Maintenant je suis fatigué. Je suis aussi vieux. Je ne sais pas comment je vais manger", déclare Assah Kokou Akpebiotor, 70 ans, qui a vécu toute la vie sur les sables de Baguida.      LUC GNAGO / REUTERS
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Ce phénomène d’érosion "a toujours existé, mais il a été amplifié par l’intervention humaine. Le courant marin parallèle à la côte qui déposait des sédiments, appelé dérive littorale, dans le sens Ouest-Est, limitait l’érosion. Mais une série d’ouvrages a cassé son effet. D’abord, il y a eu le barrage sur la Volta, au Ghana voisin, en 1960 (…). Ensuite, le port autonome de Lomé, en 1967", explique Pessièzoum Adjoussi, géographe à l’université de Lomé cité par "Libération".    LUC GNAGO / REUTERS
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En 2019, un nouveau port a été inauguré. Mais "les communautés de pêcheurs craignent que ce nouveau port ne nuise à ceux qu'il est censé aider, en augmentant l'érosion, faisant reculer les bancs de poissons plus au large et forçant les habitants à se déplacer vers l'intérieur des terres", précise l’AFP.      LUC GNAGO / REUTERS
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Pour Joseph Kogbe, directeur de l’ONG OPED et coordonnateur du réseau international Climat et Développement, cité par Togotopnews, l’Etat togolais doit d’abord accompagner les riverains pour mille raisons. "90% des infrastructures industrielles du Togo se trouvent dans la zone portuaire. S’il y a une catastrophe au niveau du littoral, c’est tout le pays qui est parti. Toute l’économie va tomber."    LUC GNAGO / REUTERS
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Une dizaine de villages togolais sont concernés par l’érosion et d’après des recherches sur la vulnérabilité de la côte, si rien n’est fait, tous ces villages sont amenés disparaître d’ici 2030.    LUC GNAGO / REUTERS
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