Soudan : les femmes dans la contestation contre le régime d’el-Béchir

Des soudanaises protestent contre la mort d\'un manifestant tué par balle, lors d\'une marche anti-gouvernementale à Khartoum, le 18 janvier 2019.
Des soudanaises protestent contre la mort d'un manifestant tué par balle, lors d'une marche anti-gouvernementale à Khartoum, le 18 janvier 2019. (MOHAMED NURELDIN ABDALLAH / X01806)

Le soulèvement contre le régime d’Omar el-Béchir au Soudan ne faiblit pas. Les femmes y prennent de plus en plus part, au point qu’une manifestation a été organisée pour exiger la libération de celles qui ont été arrêtées.

Les centaines de manifestants qui se dirigeaient le 10 février 2019, vers une prison pour femmes à Omdourman, au Soudan, ont été dispersés par des tirs de gaz lacrymogène.

Libération des manifestantes arrêtées

"Nous sommes des battants, nous allons achever notre mission", scandait la foule dans cette ville voisine de la capitale Khartoum, appelant aussi à "renverser" le président Omar el-Béchir au pouvoir depuis 1989, ont indiqué des témoins.

A l'appel de l'Association des professionnels soudanais, fer de lance de la contestation, les protestataires exigeaient la libération de manifestantes arrêtées.

Cette marche, intitulée "Rassemblement pour les femmes détenues", "nous encourage à continuer jusqu'à ce que nous obtenions gain de cause", a déclaré une manifestante à l'AFP. "Les femmes sont à la tête du mouvement de contestation", a-t-elle ajouté, sous couvert d'anonymat.

Des milliers de Soudanaises participent en effet régulièrement aux manifestations contre le régime.

La chevelure entièrement rasée

"Malgré le harcèlement et les menaces de viol de la part des sbires du régime islamo-militaire, les femmes marchent côte à côte avec les hommes presque tous les jours dans les 15 provinces (sur 18) qui se sont soulevées", écrivait le 3 février Le Journal du Dimanche.

Malgré aussi la dernière "punition" en date infligée aux manifestantes détenues, à savoir "la chevelure entièrement rasée", souligne l’hebdomadaire."C'est une nouvelle manière de nous humilier", déplore Rania, 34 ans, manager dans une entreprise et qui a protesté à huit reprises à Khartoum depuis le début du mouvement.

Certaines professionnelles de santé choisissent de participer en soignant les blessés, d’autres en ouvrant leur maison pour que les manifestants pourchassés puissent s’abriter,

Le président el-Béchir a lui-même admis le 6 février, que des lois controversées sur l’ordre public avaient alimenté la colère des jeunes "dont la majorité sont des femmes".

Selon des militants, certaines de ces lois ciblent les femmes et les punissent de peines de prison ou d'amendes, notamment celles accusées de porter une "tenue indécente" ou de "comportement immoral".

Des lois respectant la dignité et la diversité du peuple soudanais

Des ONG soudanaises de défense des droits des femmes affirment que plus de 15 000 femmes ont été condamnées à la flagellation en 2016 au Soudan. "Nous ne protestons pas seulement contre ces lois sur l'ordre public", a commenté Tahani, une manifestante.

Mais une fois que le régime sera "renversé", de nouvelles lois respectant "la dignité et la diversité du peuple soudanais" verront le jour, a-t-elle ajouté

Devenues quasi quotidiennes, les manifestations déclenchées depuis près de deux mois contre le triplement du prix du pain se sont transformées en mouvement de protestation contre le président el-Béchir qui n’entend pas lâcher le pouvoir sous le pression de la rue.

Selon un bilan officiel, 30 personnes sont mortes depuis le début du mouvement. Human Rights Watch (HRW) a fait état de 51 morts. D'après des ONG de défense des droits humains, plus de 1000 manifestants, leaders de l'opposition, militants et journalistes ont été arrêtés depuis le 19 décembre 2018.

Vous êtes à nouveau en ligne