Soudan : à Khartoum, le mouvement de désobéissance civile vide les rues et maintient la pression sur les militaires

Khartoum (Soudan), le dimanche 9 juin.
Khartoum (Soudan), le dimanche 9 juin. (AFP)

Le mouvement de contestation démarré dimanche entend maintenir la pression pour pousser les généraux à remettre le pouvoir aux civils.

Magasins et administrations fermés, trafics et transports détruits : Khartoum est une ville fantôme, lundi 10 juin. Une semaine après la dispersion violente par l'armée d'un sit-in devant le siège des forces armées à Khartoum, l'Alliance civile a lancé, dimanche 9 juin, une campagne de désobéissance doublée d'une grève. L'objectif ? Contraindre les militaires, au pouvoir depuis la destitution d'Omar el-Béchir, à faire des concessions et à remettre le pouvoir aux civils. 

Les rares lieux ouverts dans la capitale du Soudan sont les commerces alimentaires, comme cette boulangerie où Muhammad travaille : "Les propriétaires nous ont demandé de travailler, car les gens ont besoin de manger, sinon ils n’auront plus rien. En plus, je vis dans la boulangerie."

Quelques supermarchés ont également ouvert. Imane Dahab est étudiante et elle a séché les cours pour venir faire des courses afin d'approvisionner sa famille : "Les marchés extérieurs sont devenus dangereux donc je viens ici, c’est couvert. J’achète en grande quantité au cas où, mais on ne peut pas stocker pour plus d’une semaine, car les prix sont trop élevés."

Soudain, des agents du renseignement en civil stoppent la conversation. Finalement, après un court interrogatoire dans un bureau à l’écart, ils laissent tout le monde partir en offrant un bonbon en prime.

"Chaque parti pense qu'il peut sauver le pays"

Ahmad Ibrahim travaille sous contrat privé pour les renseignements soudanais. Avec un faux nom et à bord d'une voiture en mouvement, il explique pourquoi il refuse la grève. Son récit illustre bien la vision actuelle du pouvoir : "Bloquer le pays pénalise les citoyens. Dans l’alliance civile, chaque parti politique pense qu’il peut sauver le pays. Moi, je veux un pouvoir militaire qui stabilisera le Soudan. Les civils parlent de démocratie, mais ils sont radicaux. Si vous n’êtes pas avec eux, vous êtes contre eux." 

Ahmad Ibrahim affirme que le massacre du sit-in n’a fait que 12 morts. Avec de telles idées, difficile de croire que la grève fera renoncer le conseil militaire à son pouvoir. Dimanche, quatre personnes ont été tuées. Le bilan de la répression s'élève désormais à 118 morts et plus de 500 blessés depuis lundi dernier, selon un comité de médecins proche de la contestation

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