Somalie : pas de fleurs pour les soldats britanniques attendus par les shebabs

Le Premier ministre britannique David Cameron et le président somalien Hassan Sheikh Mohamoud, le 4 février 2013, à Downing Street à Londres.
Le Premier ministre britannique David Cameron et le président somalien Hassan Sheikh Mohamoud, le 4 février 2013, à Downing Street à Londres. (Photo AFP/Léon Neal)

Il aura suffi d’une annonce, celle du Premier ministre David Cameron, pour provoquer leur colère. Les shebabs ont juré la perte des soldats britanniques que Londres s’apprête à dépêcher à Mogadiscio pour appuyer les troupes de l’Union africaine. Chassés de la capitale et traqués par les soldats de la mission de l’Union africaine, ils ont toujours une grande capacité de nuisance en Somalie.


Pour Londres, il n’est pas question que les 70 soldats annoncés s’engagent dans des combats. En revanche, les soldats de sa majesté devraient entraîner les forces de l’union africaine dans les domaines de la logistique, du génie et de l’aide médicale.
 
La date de leur départ pour Mogadiscio n’a pas encore été précisée, mais les shebabs préparent d’ores et déjà un comité d’accueil pour ces hommes appelés à jouer un rôle de maintien de la paix en tant que casques bleus de l’ONU. «Nos ancêtres ont combattu les colonialistes britanniques dans le passé. Nous emprunterons la même voie. Ils seront accueillis par des balles, non pas par des fleurs. Et si Dieu le veut, leurs corps décapités jonchant les rues seront montrés au monde», a menacé un porte-parole des shebabs.
 
Un soldat de l\'Amison fouille des fidèles musulmans le 17 Juillet 2015 devant une mosquée de Mogadiscio 
Un soldat de l'Amison fouille des fidèles musulmans le 17 Juillet 2015 devant une mosquée de Mogadiscio  (Photo Reuters/Ismail Taxta)

Une grande capacité de nuisance
Les islamistes somaliens ont été considérablement affaiblis par les troupes de l’Amisom, la mission de l’Union africaine en Somalie. Mais ils gardent une grande capacité de nuisance en Somalie. En témoignent les attaques d’envergure menées contre les bases des soldats africains qui les combattent.
 
Il y a eu d’abord l’attaque menée en juin 2015 contre la base de Leego tenue par des soldats burundais à une centaine de kilomètres au nord-est de Mogadiscio. Elle s’est soldée par plusieurs dizaines de morts. Les shebabs y ont récupéré de nombreuses armes avant de se volatiliser. Début septembre, une opération similaire a visé la base de l’Amisom de Janaalé, tenue par des soldats ougandais.
 
Face au rouleau compresseur de l’Amisom, les djihadistes somaliens ont adapté leur stratégie, explique le site de RFI : «Dès qu’elle récupère des régions, l’Amisom y installe des bases afin d’occuper l’espace. Et plus l’Amisom avance, plus ces bases sont isolées et donc vulnérables. Les shebabs l’ont parfaitement compris et engagent des centaines d’hommes dans ces attaques minutieusement préparées qui leur permettent au passage de piller les armureries.»
 
Le Kenya dans la ligne de mire
Traqués par plusieurs milliers de soldats stationnés dans le sud de la Somalie, les islamistes shebabs se sont progressivement infiltrés au Kenya voisin. «Ils ont trouvé une nouvelle terre pour leur djihad, une nouvelle source de recrue», explique à l’AFP, une source sécuritaire occidentale. L’armée kenyane semble démunie face à leurs raids menés en territoire kenyan.

Naïrobi le 20 septembre 2015. Les Kenyans rendent hommage aux victimes de l\'attaque d\'un supermarché de la capitale kenyane par des islamistes somaliens en 2013.
Naïrobi le 20 septembre 2015. Les Kenyans rendent hommage aux victimes de l'attaque d'un supermarché de la capitale kenyane par des islamistes somaliens en 2013. (Photo AFP/ Tony Karumba)

Dans le nord-est du Kenya, frontalier de la Somalie, où les populations sont majoritairement d’ethnie somali, l’émergence de cellules shebabs kenyanes devient le principal problème de sécurité au Kenya.
 
A Plusieurs reprises, des miliciens islamistes y ont fait des incursions, obligeant les écoles à fermer et certains habitants à s’enfuir, rapporte le quotidien kenyan The Nation. «C’est la même stratégie que celle employée par al-Qaïda au Maghreb islamique», commente un responsable sécuritaire interrogé par l’AFP. Il estime qu’il est urgent que le gouvernement kenyan reprenne le contrôle de sa région frontalière.

La peur d’une nouvelle terre du djihad
L’arrivée prochaine de soldats britanniques en Somalie illustre l’inquiétude des pays occidentaux face aux foyers de tensions qui persistent dans la corne de l’Afrique. Pour le Premier ministre David Cameron, il faut soutenir tout ce qui lutte contre le terrorisme dans cette région.
 
Une région désertée par les armées occidentales depuis la débâcle américaine d’octobre 1993. L’opération militaire «Restore Hope» s’était terminée par un terrible fiasco. Dix-neuf soldats américains avaient été tués dans la bataille de Mogadiscio provoquant le retrait des Etats-Unis du bourbier somalien.
 
L’annonce britannique a été précédée par la normalisation des relations américano-somaliennes. Washington a même désigné son nouvel ambassadeur en Somalie. Mais pour l’instant, la mission des Etats-Unis est basée à Naïrobi, au Kenya. En attendant que la sécurité revienne à Mogadiscio.
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