Somalie, Kenya : les islamistes shebabs mènent une guerre d'usure

Cadavre d\'un rebelle shebab près de la porte principale du palais présidentiel à Mogadiscio, le 9 juillet 2014. La veille, les islamistes y ont effectué une attaque armée. 
Cadavre d'un rebelle shebab près de la porte principale du palais présidentiel à Mogadiscio, le 9 juillet 2014. La veille, les islamistes y ont effectué une attaque armée.  (ABDULFITAH HASHI NOR / AFP)

Affiliés à al-Qaïda, les shebabs veulent faire tomber le gouvernement somalien. Depuis qu’ils ont été chassés de Mogadiscio en 2011, ils mènent des actions de guérilla et commettent des attentats pour le déstabiliser. Parmi leurs cibles, les institutions et les parlementaires. Le 23 juillet 2014, la députée et chanteuse Saado Ali Warsame est leur dernière victime.

Connue dans son pays depuis le milieu des années 70 pour ses chansons politiques et sociales, la députée, qui s’est toujours battue pour l’unité du pays, a été tuée en même temps que son chauffeur lors d'une embuscade dans la capitale somalienne. Saado Ali Warsame, quatrième parlementaire tué depuis le début de l'année 2014 en Somalie, était députée depuis 2012 : les femmes sont une petite trentaine pour un total de 275 sièges au Parlement.
 
Le porte-parole militaire des shebabs, Abdulaziz Abu Musab, cité par l'AFP, a déclaré après avoir revendiqué l’assassinat : «Qu'elle chantait ou non n'est pas notre problème. Tous les députés sont condamnés à mort à moins qu'ils n'abandonnent leur mandat (…). Nous avons l'intention de tuer tous les autres députés et responsables du gouvernement à chaque fois que nous en aurons l'opportunité.»
 
Le ramadan, point d'orgue des attaques à Mogadiscio
Le groupe islamiste, selon qui les députés sont des «mécréants servant les intérêts de l’étranger», a également liquidé le député Ahmed Mohamud Hayd près du port de Mogadiscio, le 3 juillet, et ses confrères Abdiaziz Isak Mursal et Isak Mohamed Ali, un peu plus de deux mois auparavant.
 
Ils derniers avaient annoncé l’intensification de leurs actions durant le mois de ramadan, qui a débuté le 29 juin.
 
Depuis début 2014, le palais présidentiel et le Parlement ont également été visés par des attaques des shebabs, pourtant chassés de Mogadiscio en août 2011 vers des zones rurales.
 
Après une attaque des shebabs menée dans la ville côtière de Mpeketoni, dans la région de Lamu, à la frontière du Kenya avec la Somalie, le 16 juin 2014.
Après une attaque des shebabs menée dans la ville côtière de Mpeketoni, dans la région de Lamu, à la frontière du Kenya avec la Somalie, le 16 juin 2014. (STRINGER / ANADOLU AGENCY)

Des incursions au Kenya 
Mais leur zone d’action s’étend également hors des frontières somaliennes, au Kenya, en Ethiopie,  en Ouganda, au Burundi ou à Djibouti, où ils ont revendiqué récemment une série d'attaques. Ces pays sont les principaux contributeurs de l'Amisom, la force africaine qui combat les shebabs en Somalie depuis 2007.
 
Le Kenya, première puissance économique d'Afrique de l'Est, est particulièrement visé par les attentats des islamistes. On se souvient de l'assaut mené contre le centre commercial Westgate à Nairobi, qui avait fait 67 morts en 2013.
 
Depuis la mi-juin, la côte de l'océan Indien proche de l'archipel touristique de Lamu (au sud-est) a été secouée par multiples attaques revendiquées par le groupe armé. Attaques qui ont fait quelque 90 morts.
 
Des appuis dans la population
Selon une source militaire occidentale, «il est clair que les shebabs (sont) impliqués d'une manière ou d'une autre au niveau des effectifs, de la planification et de la logistique, (mais) ils travaillent avec des sympathisants locaux et c'est en fait plus inquiétant que si c'était simplement une opération 100% shebabs. Cela montre qu'ils ont étendu leur franchise, que la menace s'est transformée en quelque chose de nouveau.» Dans cette région du Kenya, l'islam radical doublé de sympathies pro-shebabs progresse au sein de la jeunesse.
 
Shebabs qui, ont le sait aujourd’hui, sont connectés à l’Aqpa (al-Qaïda au Yémen), comme l’a précisé à Géopolis le député français Gwendal Rouillard.
Vous êtes à nouveau en ligne