Pêches en Afrique : la Chine cherche à redorer son blason

Des chalutiers chinois au mouillage au large de Nouadhibou en Mauritanie, le 14 avril 2018.
Des chalutiers chinois au mouillage au large de Nouadhibou en Mauritanie, le 14 avril 2018. (SYLVAIN CHERKAOUI / X03766)

Depuis des années, les pêcheurs africains et les ONG dénoncent la surpêche pratiquée par les bateaux chinois, au mépris de la ressource. Alors que la Chine veut donner des gages de bonne volonté sur la côte Ouest, c’est désormais à l’est du continent que semble peser la menace. Les autorités du Somaliland dénoncent l’accord de pêche passé entre la Somalie et la Chine.

Le Somaliland est une région qui depuis 1990 réclame son indépendance de la Somalie. Les relations avec le pays d’origine de cet Etat autoproclamé non reconnu par les instances internationales ne sont plus belliqueuses. Pour autant, les rapports restent tendus. Aussi, Yasin Hagi Mohamoud, le ministre des Affaires étrangères du Somaliland, voit d’un très mauvais œil l’accord signé entre la Chine et la Somalie sur la pêche.

Il s’agit de l'octroi de 31 licences de pêche au thon dans les eaux somaliennes à FOCA, un consortium de compagnies chinoises. Pour un million de dollars, la compagnie obtient le droit de pêche deux fois par an, sous la surveillance de contrôleurs somaliens. Le premier accord du genre, se réjouit le ministre des Pêches somalien Abdillahi Bidhan, qui rappelle que son pays a longtemps souffert de captures illégales, estimées à 2,4 millions de tonnes de poisson en 60 ans d’indépendance.

Le Somaliland proteste

Une façon de voir que ne partage pas le Somaliland. Pour son ministre des Affaires étrangères, les licences de pêche concernent les eaux du Somaliland et non celles de la Somalie. Mais les organismes internationaux ne reconnaissant pas cette dissidence, la Somalie est une et indivisible et l’accord de pêche s’exerce donc de plein droit sur tout son littoral.

Reste un argument plus écologique. L’accord autorise l'accès à des navires à la réputation sulfureuse. Non seulement ils épuisent la ressource, mais leur méthode de pêche dévaste les fonds marins. Une pêche loin d’être éco-responsable, aux antipodes de ce qui est pratiqué localement. "On dit qu’un seul de ces bateaux peut pêcher en une semaine autant qu’un bateau africain traditionnel en une année", explique Yasin Hagi Mohamoud.

Bateaux de pêche traditionnels à l\'échouage sur une plage proche de Joal-Fadiouth au Sénégal.
Bateaux de pêche traditionnels à l'échouage sur une plage proche de Joal-Fadiouth au Sénégal. (SYLVAIN CHERKAOUI / X03766)


Chasse aux délinquants

Or, pendant ce temps, la Chine cherche à se donner l’image d’un pays plus responsable sur la gestion de la ressource halieutique africaine. Début 2018, le ministère chinois de l’Agriculture a gelé les subventions de trois compagnies impliquées dans des affaires de pêche illicite en Afrique de l’Ouest. Des navires de ces trois compagnies avaient été appréhendés lors d’une mission menée par Greenpeace au bilan implacable. "En 26 jours de mer, 16 cas de pêche illégale ont été recensés impliquant 12 navires battant pavillon chinois et/ou appartenant à des entreprises chinoises dans les eaux guinéennes", écrit Greenpeace.

A bord de ces bateaux, les inspecteurs ont trouvé des filets non réglementaires et des ailerons de requin. L’une de ces compagnies, la Lian Run Pelagic Fishery, a un lourd passif de pêche illégale. Cette fois elle est contrainte d’arrêter ses 30 bateaux.

Plus globalement, pour redorer son blason, la Chine veut restreindre l’activité de certains armements jugés peu éco-responsables, explique le site Allo Africa News. Le gouvernement chinois a ainsi annulé 90 millions d’euros de subventions, notamment sur les carburants. Cela concerne 78 compagnies et 264 navires de pêche lointaine. Trois armements se sont vu retirer leur licence de pêche.

Soft power

Les autorités chinoises font le ménage dans un secteur qui, pour le pays, n’est pas économiquement essentiel. En une trentaine d’années, la Chine a jeté son dévolu sur les eaux poissonneuses de l’Ouest africain. 13 navires en 1985, 462 en 2013, exerçant quasi exclusivement en Atlantique. Malgré tout, cette industrie ne représente que 0,1% des investissements chinois à l’étranger. "Si ces entreprises chinoises continuent à opérer de cette façon, le ressentiment finira par s’installer dans la population locale envers l’ensemble des investissements chinois en Afrique", écrit Greenpeace dans sa conclusion. Un avertissement reçu 5/5 par Pékin.

Vous êtes à nouveau en ligne