Tiken Jah Fakoly : le reggaeman ivoirien salue le réveil des jeunes Africains contre les dictateurs

Le reggaeman ivoirien Tiken Jah Fakoly le 14 février 2015 à Goma (RDC)
Le reggaeman ivoirien Tiken Jah Fakoly le 14 février 2015 à Goma (RDC) (FLORY MUMENA / AFP)

"C’est le peuple qui a le pouvoir." Tiken Jah Fakoly en est convaincu, les soulèvements populaires qui ont balayé les présidents Bouteflika en Algérie et Omar el-Béchir au Soudan ont inauguré une ère nouvelle. Il invite les présidents africains qui s’accrochent encore au pouvoir à en tirer des leçons.

Dans ses chansons, il a toujours dénoncé "ces président africains qui s’accrochent au pouvoir". Aujourd’hui, il ne cache pas son soulagement de voir certains d’entre eux tomber sous la pression de la rue. Après la chute d’Abdelaziz Bouteflika en Algérie et d’Omar el-Béchir au Soudan, qui paraissaient indéboulonnables, Tiken Jah Fakoly estime que rien ne sera plus comme avant.

"Ce qu’on constate aujourd’hui, c’est que les soulèvements auxquels nous assistons sont en train de démontrer que c’est le peuple qui a le pouvoir. Je pense que si le peuple se met au-dessus des religions, des ethnies et qu’il reste uni pour défendre le bien commun, rien ne peut l’arrêter", assure-t-il, au micro de RFI.

"Quand on reste trop longtemps, ça finit toujours mal"

Le chanteur ivoirien était l’invité de RFI jeudi 16 mai, à l’occasion de la sortie de son nouvel album Le monde est chaud. Tiken Jah Fakoly constate amèrement que les chefs d’Etat africains qui s’accrochent au pouvoir se sont enfermés dans une bulle. Ils s’entourent de quelques proches qui profitent de leur gouvernance et qui n’ont aucune envie qu’ils renoncent à leurs fauteuils.

"Comme le président est dans sa bulle, il n’y a que cinq ou six personnes qui lui parlent. Il pense que le pays ne peut pas se passer de lui. Que sans lui le pays est mort. Le problème, c’est que quand on reste trop longtemps, ça finit toujours mal."

Le cas de l’opposant guinéen Alpha Condé devenu président

Tiken Jah Fakoly rappelle le combat mené en Afrique de l’Ouest, dans les années 2000, pour la libération de l’opposant guinéen Alpha Condé. Il avait même composé une chanson qui était devenue l’hymne à la libération de cet homme politique, jeté en prison par le général Lansana Conté pour avoir osé réclamer la démocratie dans son pays.

"Depuis qu’Alpha Condé est président, cette chanson a été utilisée pour ses meetings. Cette musique était pour la libération du prisonnier politique Alpha Condé et non pour le président qu’il est devenu et son parti politique", regrette-t-il.

Le pire, ajoute le chanteur, c’est que l’ancien opposant guinéen qu’il a défendu avec force est en passe de devenir comme ses prédécesseurs. Ses opposants lui prêtent la volonté de changer la constitution de son pays pour bénéficier d’un troisième mandat. Un projet qu’il n’a pas démenti jusqu’à présent.

"Moi j’ai dit personnellement au président Alpha Condé que ce n'est pas une bonne idée de briguer un troisième mandat. Il n’était pas très content. Pour quelqu’un qui a lutté pour la démocratie, ce serait dommage de sortir par la petite porte", a-t-il confié à RFI.

Le troisième mandat ne passera plus en Afrique de l'Ouest. Parce que la jeunesse est réveillée. Elle a l'impression que le pouvoir est confisqué par les anciensTiken Jah Fakolyà RFI

Non à la politique de la chaise vide

Tiken Jah Fakoly n’épargne pas les hommes politiques très critiques quand ils sont dans l’opposition et qui font pire que leurs prédécesseurs, une fois arrivés au pouvoir. Certains refusent même de prendre part au processus électoral "contrôlé" par le pouvoir.

"Il faut que les oppositions arrêtent de boycotter les élections. Je pense que la politique de la chaise vide ne paie pas. Nous, notre génération, ne veut pas de troisième mandat. Il faut que ceux qui sont au pouvoir le sachent", martèle le reggaeman ivoirien.

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