Tchad: l'exode des jeunes vers le nord et la Libye s'accentue

Scène de rue publiée le 12 août 2018 par l\'AFP. Une épicerie tenue par des Noirs venus du Tchad avec étal en plein air dans le village de Tazerbo ( Taziirbu), oasis au cœur du désert de Rabiana en Libye.
Scène de rue publiée le 12 août 2018 par l'AFP. Une épicerie tenue par des Noirs venus du Tchad avec étal en plein air dans le village de Tazerbo ( Taziirbu), oasis au cœur du désert de Rabiana en Libye. (PHILIPPE ROY / Aurimages)

Sans vouloir rejoindre l'Europe, de plus en plus de jeunes des régions sahéliennes de l'ouest du Tchad migrent vers le nord de ce pays ou la Libye pour des raisons économiques et politiques, selon un rapport d'International Crisis Group publié le 5 décembre.

Les jeunes du Kanem (ouest) et du Bahr El Gazel (BEG), régions de l'ouest "traditionnellement tournées vers la Libye", partent vers le nord pour "trouver du travail" et faire du "commerce" en Libye ou dans les mines d'or du Tibesti tchadien, selon le rapport d'International Crisis Group (ICG). 

"Un mouvement massif d'adhésion aux rébellions"

Contrairement à d'autres migrants de pays voisins ou d'autres régions du Tchad, les jeunes du Kanem et du BEG affirment ne pas vouloir aller en Europe. Mais ils peuvent parfois rejoindre des rébellions armées tchadiennes basées dans le Sud libyen, ajoute ICG.

Beaucoup de Kreda, ethnie de l'Ouest tchadien, ont ainsi intégré le groupe rebelle du Commandement militaire pour le salut de la République (CCMSR). N'Djamena voit dans les migrations depuis l'ouest "un mouvement massif d'adhésion aux rébellions", et les autorités ont renforcé les contrôles dans le nord du Tchad, affirme le centre d'analyse.

Mais les autorités tchadiennes devraient "éviter l'amalgame entre émigration et rébellion et substituer aux politiques actuelles qui restreignent la liberté une politique d'encadrement", estime-t-il.

Les "crispations politiques" et un sentiment d'"injustice" envers N'Djamena se sont accrus dans le Kanem et le BEG, surtout depuis la présidentielle de 2016, note ICG.

La pauvreté, facteur d'émigration

Le centre estime que "depuis 2016, des actes de violence commis sur des ressortissants du Kanem et du BEG par des proches du pouvoir, qui bénéficient d'une forme d'immunité, suscitent un profond sentiment d'humiliation au sein des populations locales".

La pauvreté croissante est un autre facteur de mécontentement et d'émigration depuis l'ouest, analyse ICG. Le Kanem et le BEG ont été particulièrement touchés par la dépression économique qui frappe le Tchad depuis quatre ans, alors que ces zones enregistraient déjà "les indicateurs de développement parmi les plus bas du continent", selon le rapport.

Les acteurs internationaux sont "peu présents" dans le BEG et le Kanem, et le risque que "l'attention se focalise sur la région du Lac Tchad en raison des conséquences humanitaires de l'activité de Boko Haram (...) au détriment d'autres régions" existe, souligne le rapport en évoquant le groupe islamiste armé nigérian.

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