Sénégal : accord sur un voile "de dimensions convenables" dans une école de Dakar

Elèves devant l\'école Sainte Jeanne d\'Arc à Dakar, le 4 septembre 2019.
Elèves devant l'école Sainte Jeanne d'Arc à Dakar, le 4 septembre 2019. (SEYLLOU / AFP)

Finalement un accord a été trouvé entre les autorités sénégalaises et une école catholique de Dakar sur le port du voile par des élèves musulmanes. Cette affaire de voile dans la très réputée école Sainte Jeanne d'Arc avait secoué la société sénégalaise.

"Tout est bien qui finit bien. Jusqu’à 1h du matin ce jeudi 12 septembre dans le bureau du ministre de l’Education nationale, au 6e étage de la sphère ministérielle du 2e arrondissement de Diamniadio, Bâtiment B1, le consensus est trouvé", écrit DakaractuLes 22 jeunes musulmanes, qui n'avaient pas été accueillies début septembre dans l'Institution Sainte Jeanne d’Arc (ISJA) car elles portaient le voile, reprendront le chemin de l'école grâce à un compromis. Les élèves concernées retourneront en classe le 19 septembre avec l'uniforme réglementaire requis par l'établissement, "assorti d'un foulard de dimensions convenables, fourni par l'établissement et qui n'obstrue pas la tenue", a indiqué le ministère de l'Education nationale après une rencontre avec les représentants du lycée. 

Sainte Jeanne d'Arc est au cœur depuis des mois d'une controverse rare au Sénégal, pays très majoritairement musulman et réputé pour sa tolérance religieuse. La polémique remonte à l'annonce faite au printemps qu'à la rentrée 2019, la tenue réglementaire se composerait de l'uniforme habituel et que filles et garçons devraient avoir la tête découverte. Le khalife général des Tidianes, confrérie musulmane très importante au Sénégal, avait lui même pris position dans ce débat, critiquant l'école.

Au moment de la rentrée, la décision de l'établissement a provoqué la colère de parents dont les filles n'ont pas été admises en classe alors que, pour certaines, elles fréquentaient l'école avec le voile depuis des années selon eux. Des responsables politiques et religieux musulmans ont également dénoncé la décision de l'école. Les manifestations contre l'interdiction devant l'Institution Sainte Jeanne d’Arc ont donné lieu à quelques interpellations.

La congrégation opère dans 57 pays 

L'école invoque son identité. La règle est la même à travers le monde dans tous les établissements de la Congrégation des sœurs de Saint Joseph de Cluny dont elle relève, dit-elle. Elle souligne que les parents ont inscrit leurs enfants en connaissance de cause en signant le règlement intérieur.

Sainte Jeanne d'Arc compte quelque 1700 élèves, pour une bonne part enfants de familles aisées ou d'origine étrangère. Présente au Sénégal depuis 1939, l'ISJA qui dépend de la Congrégation Saint Joseph de Cluny a un programme d’études dont une partie est calquée sur celui de la France. Cette congrégation opère dans 57 pays dont le Sénégal, le Burkina Faso, le Niger et le Togo.

Dans le Soleil de Dakar, principal quotidien sénégalais, l’éditorial du 12 septembre revenait sur cette affaire en écrivant notamment : "Tant que le voile se porte dans le respect de tous et du fonctionnement scolaire, son interdiction est une atteinte aux droits des élèves. Il faut éviter d’opérer un amalgame rapide entre la tenue et le comportement. C’est ce que l’on voit souvent en Occident, surtout en France, alors que les signes de visibilité de l'islam sont vite interprétés comme les symptômes d’un islamisme, d’un endoctrinement des jeunes, et même d’une radicalisation. Va-t-on importer au Sénégal cette obsession française récurrente de soupçon et d’interpellation du voile islamique ?"

Ancienne colonie française, le Sénégal, "République laïque, démocratique et sociale", selon la Constitution, compte plus de 90% de musulmans, qui vivent dans une grande concorde avec le reste de la population, principalement catholique.

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