RDC: la langue officielle, le français, n'est pas celle de tous les Congolais

En République démocratique du Congo, pays de 70 à 90 milllions d'habitants, le français a été proclamé langue officielle par la Constitution. Mais dans l'ex-colonie belge, la langue de Molière est concurrencée par quatre autres langues nationales (lingala, swahili, tshiluba, kikongo) et par une centaine de dialectes. De plus, l'anglais progresse dans l'est du pays, surtout chez les jeunes.


En RDC, la France entretient un réseau de cinq instituts français (IF): à Kinshasa, Kisangani, Lubumbashi tout près de la Zambie anglophone, Bukavu et, dernier en date, Goma. Inauguré en octobre 2017, l'IF de Goma est conçu comme un avant-poste de la francophonie à la frontière du Rwanda de Paul Kagame, où le français perd du terrain face à l'anglais, et au swahili, dans l'est du pays. A Kinshasa et dans l'Ouest, les Congolais parlent le lingala, le tshiluba dans les provinces du Kasaï (centre) et le kikongo.
 
L'anglais progresse dans l'Est
La langue de Molière subit les assauts de l'anglais parlé dans cinq des neuf pays voisins du plus grand pays francophone du monde: Soudan du Sud, Ouganda, Rwanda, Tanzanie et Zambie. L'actuel président Joseph Kabila, qui a grandi en Tanzanie, est d'ailleurs un anglophone qui n'a maîtrisé la langue française qu'après son arrivée au pouvoir à la mort de son père tué en 2001.

L'anglais séduit les jeunes Congolais qui se tournent vers les Etats-Unis et l'Afrique du Sud faute de visas pour la France ou la Belgique, affirme le professeur Lye M.Yoka, écrivain et directeur de l'Institut national des Arts (INA).

Le français en danger et en recul
Selon lui, le français est une «langue d'autorité, de l'autorité». Les gens du peuple appelleraient leurs compatriotes parfaitement francophones des «je-le-connais», ajoute-t-il, précisant: «C'est-à-dire des prétentieux qui, parce qu'ils parlent le français acéré comme une machette – ils disent ça –, se croient des Blancs.»

Selon le démographe français, Henri Leridon, cité par Le Figaro, «seulement 50% de la population parle couramment français. Les Congolais peu éduqués ne parlent en effet pour la plupart que le lingala ou le swahili».

Avec les carences du système éducatif, le français serait même moins bien parlé, en danger et en recul en RDC, affirme pour sa part le délégué général de la Francophonie, Jonas Kumakinga, cité par un journal kinois, selon l'AFP.

Des mots français dans le lingala
Le lingala comme les trois autres langues nationales du pays sont saturées de mots français et émaillées de néologismes étonnants, comme par exemple, le «glissement» du calendrier électoral pour le report des élections, ou «venez si vous pouvez vous disponibiliser».

Dans les allées du Grand marché de Kinshasa, José Konde, vendeur de perruques, admet que, oui, le français est une «langue autoritaire»«Exactement, la langue française, c'est une langue étrangère, pour moi. Nous, nous sommes les Congolais, nous sommes habitués à parler en lingala», poursuit-il en français.

Des centaines de dialectes ont aussi cours sur toute l'étendue du géant d'Afrique centrale qui s'étend sur 2,3 millions de km², entouré de pays francophones, anglophones et lusophone (Angola).

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