Mozambique : libération des deux journalistes arrêtés alors qu’ils enquêtaient sur les violences islamistes

Dans les rues de Macomia, dans la province de Cabo Delgado, le 11 juin 2018.
Dans les rues de Macomia, dans la province de Cabo Delgado, le 11 juin 2018. (EMIDIO JOSINE / AFP)

Amade Abubacar et Germano Daniel Adriano avaient été incarcérés les 5 janvier et 19 février 2019 dans la province de Cabo Delgado (nord-est), en proie à une insurrection islamiste. Ils y couvraient les violences liées au groupe Al-Shabab.

Les deux journalistes mozambicains ont été libérés sous caution. "Amade Abubacar et Germano Daniel Adriano, tous deux de la radio et télévision Rádio e Televisao Comunitária Nacedje de Macomia, arrêtés dans le Cabo Delgado, ont été libérés aujourd'hui 23 avril", a annoncé l'Institut des médias d'Afrique australe (Misa), organisation locale de défense de la presse.

Selon l’ONG, la justice leur reproche la diffusion de "messages déshonorants contre les membres des Forces de défense du Mozambique, via leurs comptes Facebook qui annonçaient des attaques dans les villages du district de Macomia", au nord. Amade Abubacar et Germano Daniel Adriano n'avaient été formellement interpellés que le 16 avril, selon Misa.

Appel des ONG à la libération d'Amade Abubacar

Cette libération a réjoui Human Rights Watch qui a toutefois exigé que les charges pesant sur les deux hommes soient "immédiatement abandonnées".

Dans un communiqué commun, une quarantaine d’ONG de défense des droits de l’Homme et de la presse, dont Human Rights Watch, Amnesty International et Reporters sans Frontières, avaient appelé le 11 avril "les autorités mozambicaines à libérer immédiatement et sans condition" Amade Abubacar et à "permettre à tous les journalistes de travailler librement et en toute sécurité".

Selon Amnesty International, "privé de nourriture, de visites de sa famille et de soins médicaux", ce dernier se trouvait alors "dans un état critique" dans la prison de Mieze (nord-est).

Les islamistes d'Al-Shabab terrorisent le Cabo Delgado

Depuis octobre 2017, le groupe djihadiste Al-Shabab sème la terreur dans le Cabo Delgado, à majorité musulmane. Ainsi, près de 200 civils ont été tués lors de raids des islamistes et des milliers d'autres contraints de fuir.

Pour autant, les ONG accusent également les forces de sécurité d'exactions et déplorent les intimidations et arrestations de journalistes couvrant les troubles. Le gouvernement, qui dit vouloir mettre hors d'état de nuire le mouvement Al-Shabab, chercherait pourtant, selon elles, à minimiser le danger islamiste. Cette province est en effet stratégique, car elle possède des gisements de gaz naturel. Et la rébellion islamiste inquiète autant les autorités de Maputo que les groupes pétroliers Exxon, Anadarko et ENI qui y possèdent des infrastructures pour exploiter les gisements off-shore.

Un tribunal a condamné 37 personnes à des peines allant de 12 à 40 ans de prison pour leur participation à l'insurrection islamiste, a indiqué à l'AFP jeudi 25 avril une source judiciaire.

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