Maroc : la communauté LGBT+ cible d'une "chasse aux sorcières"

Une militante portant le numéro 489 en référence à l\'article condamnant l\'homosexualité au Maroc, à Rabat le 15 juin 2016. 
Une militante portant le numéro 489 en référence à l'article condamnant l'homosexualité au Maroc, à Rabat le 15 juin 2016.  (FADEL SENNA / AFP)

Une soixantaine de noms, accompagnés de photographies et parfois d'adresses ou de numéros de téléphone, ont été diffusés sur les réseaux sociaux. 

Selon la presse marocaine, tout a commencé par une influenceuse transexuelle marocaine vivant en Turquie, suivie par plus de 500 000 personnes, qui a mené une campagne d'outing (révéler les choix sexuels d’une personne non hétérosexuelle sans son consentement et surtout divulguer son nom). Une opération qui a pris une grande ampleur au Maroc, avec des conséquences terribles. Le compte a été suspendu provisoirement. 

Plusieurs associations se sont mobilisées ces derniers jours au Maroc contre une "chasse aux sorcières" visant la communauté LGBT (lesbiennes, gays, bis et trans), après la publication sur les réseaux sociaux de données personnelles récupérées sur des sites de rencontres.

Un collectif réunissant une vingtaine d'associations de défense des droits humains a interpellé les autorités marocaines, s'inquiétant de cette "campagne de diffamation" et "d'intimidation" dans un communiqué publié le 19 avril.

Violences

Une soixantaine de noms, accompagnés de photographies et parfois d'adresses ou de numéros de téléphone, ont été diffusés la semaine dernière sur les réseaux sociaux après avoir été récupérés sur différentes applications de rencontres spécialisées comme Grindr ou PlanetRomeo, selon les informations réunies par l'AFP auprès de plusieurs militants.

Depuis, certains ont reçu des messages haineux, d'autres encore ont été jetés à la rue par leur famille ou ont subi des violences de leurs proches ulcérés par leur orientation sexuelle, selon les témoignages recueillis par différentes associations.  

Nous recevons des appels et nous assistons les personnes en difficulté qui ont été outées contre leur gréNidal Alhary, responsable de l'Union féministe libreà l'AFP

"Le pire c'est que ne nous pouvons pas les aider à cause du confinement", a déclaré sous couvert d'anonymat un membre de l'association Akaliyat (minorités) qui milite contre "la criminalisation et la discrimination" envers les minorités sexuelles et religieuses.

"Hostilité de la police"

"Certains ont voulu déposer des plaintes, mais se sont heurtés à l'hostilité de la police", a déclaré R.N. à l'AFP. Cette militante de Casablanca, qui ne veut pas être identifiée, participe à un réseau de collecte de données sur les victimes et ceux qui les ont dénoncées. Ce réseau s'efforce notamment de vérifier des informations évoquant des cas de suicide, encore non confirmés.

Sujet tabou, objet de condamnation sociale, l'homosexualité est considérée comme un crime au Maroc, le code pénal marocain sanctionnant de six mois à trois ans de prison "les actes licencieux ou contre-nature avec un individu du même sexe".

L’Etat ne bouge pas. Même rengaine, depuis des années : libérer les homosexuel-le-s, protéger la communauté LGBTQ+, n’est pas une priorité pour le royaume. Parfois, on a aussi cette réponse : 'Il n’y a pas de gays au Maroc.' A vous de choisir laquelle de ces réponses vous convient le mieuxAbdellah Taïa, écrivain à Têtu

Même si les poursuites restent moins systématiques que dans d'autres pays de la région, un total de 170 personnes ont été poursuivies en 2018 pour ce motif, selon les chiffres officiels.

Les défenseurs des droits humains demandent depuis plusieurs années l'abrogation de cette loi, ainsi que des articles sanctionnant les relations sexuelles hors mariage et l'adultère. 

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