Mali : l'influent et virulent imam Mahmoud Dicko, lance son mouvement politique

L\'imam malien Mahmoud Dicko, très populaire au Mali, vient de lancer son mouvement politique. Un mouvement très inspiré de l\'islam rigoriste wahhabite, en vigueur en Arabie Saoudite, où il a reçu une partie de sa formation théologique. Photo prise lors d\'un de ses meetings à Bamako, le 12 août 2012.
L'imam malien Mahmoud Dicko, très populaire au Mali, vient de lancer son mouvement politique. Un mouvement très inspiré de l'islam rigoriste wahhabite, en vigueur en Arabie Saoudite, où il a reçu une partie de sa formation théologique. Photo prise lors d'un de ses meetings à Bamako, le 12 août 2012. (HABIBOU KOUYATE / AFP)

Inspiré par la doctrine wahhabite en vigueur en Arabie Saoudite, où il a reçu une partie de sa formation, Mahmoud Dicko vient de faire son entrée sur la scène politique, en lançant son propre mouvement, la CMAS.

L'imam Mahmoud Dicko, éminente figure religieuse au Mali, a dénoncé "la gouvernance catastrophique" du pays, en lançant le 7 septembre 2019 à Bamako un mouvement fortement soupçonné de servir les visées politiques prêtées à cette bête noire du pouvoir et tenant d'un islam rigoriste. Les débuts de la Coordination des mouvements, associations et sympathisants (CMAS) de l'imam Dicko passent pour un défi lancé au président Ibrahim Boubacar Keïta, qui entame son mandat.

"Mon problème, c'est ceux qui ont trahi le peuple malien. C'est à eux que je m'adresse. Mon combat, c'est d'abord (contre) eux", a déclaré Mahmoud Dicko à la tribune du palais de la culture de Bamako où il a fustigé une "corruption à ciel ouvert et endémique" et une "gouvernance catastrophique".

Parler et négocier avec les jihadistes

L'influent prêcheur tient un discours de réconciliation le rangeant du côté de ceux qui condamnent les agissements des jihadistes, mais prônent un dialogue nécessaire avec eux. Le pouvoir malien lui s'y refuse, confronté qu'il est depuis 2012 aux insurrections touareg, salafistes, jihadistes et aux violences interethniques meurtrières.

"Je ne suis ni faiseur de rois, ni président, je veux faire la paix", a-t-il proclamé sous les ovations de plus de 3000 partisans dans un bâtiment, où avaient également pris place des personnalités de la majorité et de l'opposition, mais aussi bon nombre de policiers.

Volontiers présenté comme marquant la véritable entrée en politique de celui à qui sont prêtées des velléités présidentielles, le meeting de l'imam Dicko ne peut qu'interpeller le pouvoir.

Nous sommes ici aujourd'hui pour soutenir Dicko, parce que la société civile et la classe politique ont échoué. Dicko veut une société juste. Une société sans corruption, une société où on discute avec tous les frères pour avoir la paixAmadou Diallo sympathisant du mouvementà l'AFP

Président jusqu'en avril du Haut conseil islamique, principale organisation islamique d'un pays à 90% musulman, l'imam Dicko a, par le passé, fortement contribué à faire reculer le gouvernement sur la question des droits des femmes, de l'interdiction de l'excision à un projet de manuel scolaire prônant la tolérance envers l'homosexualité.

Défense d'un islam traditionnaliste 

L'imam, âgé de 65 ans, prône "une refondation" sur la base de valeurs sociétales et religieuses. Mahmoud Dicko incarne face au rite malékite dominant au Maghreb et en Afrique de l'Ouest, plus ouvert, la tendance inspirée par la doctrine wahhabite, en vigueur en Arabie Saoudite, où il a reçu une partie de sa formation théologique.

Très populaire dans le pays, il a été engagé dans les efforts de médiation quand le nord du pays est tombé aux mains des jihadistes en 2012. Il a soutenu l'intervention militaire internationale lancée à l'initiative de la France en 2013 et assisté, aux côtés d'autres dignitaires religieux, en 2015, à la signature de l'accord de paix au Mali, ou en 2017 à la conférence d'entente nationale prévue par cet accord.

Mais, avec le chérif (prédicateur musulman) de la localité de Nioro, Bouyé Haïdara, il est aussi entré en fronde contre l'ancien Premier ministre, Soumeylou Boubèye Maïga, poussé à la démission en avril après le massacre de près 160 civils à Ogossagou et une série de manifestations contre l'incompétence imputée à l'Etat.

Si le mouvement qu'il a lancé le 7 septembre n'est pas officiellement un parti, son coordonnateur général, Issa Kaou Djime, porte-parole de Mahmoud Dicko, a souligné à la tribune que la CMAS avait pour "idéaux" les "visions religieuses, sociétales et politiques" de l'imam.

Dans une possible indication de la signification accordée à ce lancement, la Cour constitutionnelle avait publié par avance, le 6 septembre, un communiqué prévenant que "les partis politiques ne doivent pas porter atteinte à la sécurité et à l'ordre public" et qu'aucun "parti politique ne peut se constituer sur une base ethnique, religieuse, linguistique", sous peine de sanctions.

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