Libérer la parole des femmes, objectif de Denis Mukwege et d’Inna Shevchenko

Le 6 octobre 2018, Denis Mukwege (D), lauréat du prix Nobel de la paix, pose pour une photo à l\'hôpital Panzi de Bukavu, dans la province du Sud-Kivu en République démocratique du Congo, un jour après avoir reçu ce prix prestigieux. 
Le 6 octobre 2018, Denis Mukwege (D), lauréat du prix Nobel de la paix, pose pour une photo à l'hôpital Panzi de Bukavu, dans la province du Sud-Kivu en République démocratique du Congo, un jour après avoir reçu ce prix prestigieux.  (Alain WANDIMOYI/AFP)

Pour sa 2e édition, le Global Positive Forum a créé la surprise en réunissant dans un même débat d’ouverture deux personnalités impliquées mondialement dans la défense des droits des femmes: Denis Mukwege, prix Nobel de la paix, et Inna Shevchenko, fondatrice du mouvement des Femen. Tous les deux ont défendu un droit fondamental des femmes, celui de la liberté d’expression.

«De tous les droits fondamentaux, la liberté d'expression est la plus importante d'entre elles. Aucun autre droit ne peut même être imaginé sans la liberté d'expression.» C’est avec cette formule choc que la fondatrice du mouvement féministe Femen, Inna Shevchenko, a donné le ton de l’introduction à la 2e session du Global Positive Forum, en présence du nouveau prix Nobel de la Paix, le gynécologue obstétricien Denis Mukwege.

«Créer les conditions d'un monde meilleur» 
Sous le titre Améliorer les conditions de vie de tous, ces deux ténors mondiaux de la défense des droits des femmes ont fait des interventions remarquées au forum de 2018 réuni au ministère français des Affaires étrangères.
 
L’une connue pour les opérations de «commandos aux seins nus» des militantes de son mouvement contre l’oppression des femmes et l’autre pour ses opérations de sauvetage des femmes victimes de violences sexuelles étaient conviés à ce forum lancé en septembre 2017, sous le haut patronage d’Emmanuel Macron, avec pour objectif avoué: «créer les conditions d’un monde meilleur».
 
Son ambition, donner la parole à tous les acteurs politiques, économiques et associatifs qui «pensent et agissent différemment dans l’intérêt des générations futures et de la planète, et réalisent des initiatives positives», selon sa propre définition.
 
«En Ukraine, les femmes apprennent  dès leur très jeune âge qui devient le chef, et qui devient l'observateur passif. De telles conférences comme celle d'aujourd'hui apportent un message très important au monde», a rappelé Inna Shevchenko, soulignant l’importance de l’école et l’éducation pour les jeunes filles.
Portrait de Inna Shevchenko, militante féministe ukrainienne du mouvement Femen. Lors de la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes. 25 Novembre 2017 - Place de la Republique, Paris, France. 
Portrait de Inna Shevchenko, militante féministe ukrainienne du mouvement Femen. Lors de la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes. 25 Novembre 2017 - Place de la Republique, Paris, France.  (Arnaud Fonquerne / Hans Lucas)

«A partir du moment où il y a ségrégation il n’y a pas d’égalité, tout simplement», a-t-elle dit, martelant  la nécessité d’autonomiser les femmes. «L'éducation a un rôle important dans la place de la femme dans la société mais c'est surtout ce qu'il se passe après l'école qu'il faut revoir. Une femme ne doit pas se demander si elle a le droit de faire quelque chose mais plutôt ce qui pourrait l'en empêcher.»

Denis Mukwege et Inna Shevchenko en totale harmonie 
«Nous avons un remède contre la violation des droits de l’homme a-t-elle lancé, c’est l’autonomisation des femmes.»
 
Au cours de ce plaidoyer pour la liberté des femmes, le docteur Mukwege était en totale harmonie avec la dirigeante féministe.
 
«Le manque de liberté d’expression est une prise d’otage : dans beaucoup de sociétés, la femme doit subir le modèle imposé et dominant. La liberté d’expression devient alors le moyen de se saisir de ses droits», a dit le médecin désormais le plus connu du continent africain.

«Il y a 10 ans, rappelle-t-il, on me demandait de me taire lorsque je parlais de violences sexuelles. Le manque de liberté d’expression des femmes a contribué à perpétrer ces violences. Ce prix Nobel que j’ai reçu a permis une libération de la parole.»
 
Tirant les leçons de son activité qui lui vaut aujourd’hui le titre de «réparateur des femmes», il estime que «reconnaître la souffrance des femmes est un début de la libération de la parole. Il va y avoir un transfert de la honte de la victime vers son agresseur alors que jusqu’alors c’était plutôt l’inverse.»
 
«Améliorer les conditions de vie de tous, et d’abord celle des femmes, partout est un objectif atteignable. Notre planète est généreuse, mais nous la traitons avec sévérité ce qui entraîne des inégalités», a-t-il dit pour rester optimiste.
 
L'Afrique priorité numéro un
Les multiples interventions qui ont suivi ont permis notamment au Commissaire européen à l’aide humanitaire et la gestion des crises, Christos Stylianides, d’affiner un peu plus les cibles du Forum.
 
«Je crois fermement que l'Afrique devrait être notre priorité numéro un. Pourquoi? Parce que l'Afrique a besoin d'une stratégie globale pour s'attaquer aux causes profondes de sa crise.»
 
Des messages qui ont des chances de ne pas rester lettre morte. «Je suis honoré de me joindre à eux pour soutenir leurs efforts pour accélérer la révolution positive», a écrit Inna Shevchenko sur son compte Twitter.
 
«Au cours du Forum, nous avons approuvé plusieurs initiatives importantes et concrètes (sur l'écologie, l'économie, l'amélioration des conditions de vie) qui seront présentées au G20» les 30 novembre et 1er décembre 2018, a-t-elle exulté.
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