Les étranges disparition et réapparition du docteur Magombeyi agitent le Zimbabwe

Des salariés grévistes des hôpitaux manifestaient le 18 septembre 2019 pour protester contre la disparition de Peter Magombeyi, médecin hospitalier et syndicaliste.
Des salariés grévistes des hôpitaux manifestaient le 18 septembre 2019 pour protester contre la disparition de Peter Magombeyi, médecin hospitalier et syndicaliste. (PHILIMON BULAWAYO / X02381)

Le médecin, syndicaliste, a mystérieusement disparu durant plusieurs jours après avoir appelé à la grève dans les hôpitaux.

Peter Magombeyi, médecin président de la Zimbabwe Hospital Doctors association (ZHDA), un puissant syndicat, a disparu durant six jours de Harare et de l’hôpital où il travaille. Il a été retrouvé à une trentaine de kilomètres de là, dans le village de Nyabira, totalement désorienté selon ses proches, qui parlent également de tortures. Depuis, le sort de Peter Magombeyi est l’objet d’un bras de fer entre la police et le syndicat.

La thèse du ZHDA est que le médecin paye son appel à la grève pour dénoncer la détérioration des conditions de vie des médecins que ces derniers ont suivie. Leurs salaires s’élèvent à moins de 200 dollars par mois. Une grève qui a fait tache d’huile dans plusieurs hôpitaux, les médecins et les infirmières organisant des marches à Harare, la capitale et à Bulawayo, la seconde ville du pays.

Examens complémentaires

Depuis sa réapparition, Peter Magombeyi doit recevoir des soins qui, selon sa famille, ne sont pas disponibles au Zimbabwe. Selon les médecins qui l’ont examiné, Magombeyi "souffre d’un dysfonctionnement neurocognitif et psychologique important. II a un besoin urgent d’une imagerie cérébrale et d’une évaluation toxicologique supplémentaire".

Un médecin parlemente avec la police lors d\'une manifestation à Harare la capitale du Zimbabwe, le 16 septembre 2019.
Un médecin parlemente avec la police lors d'une manifestation à Harare la capitale du Zimbabwe, le 16 septembre 2019. (SIPHIWE SIBEKO / X90069)

Mais le séjour de Peter Magombeyi à l’hôpital a rapidement pris une "tournure politique". La police fait même le siège de la chambre du patient, empêchant toute sortie, selon la famille. Le porte-parole de la police, Paul Nyathi, a de son côté estimé qu’il n’y avait pas de conflit avec la famille. Selon lui, les autorités attendent juste de pouvoir interroger le docteur Magombeyi qui, pour l’instant, n’aurait rien dit à la police en ce qui concerne un éventuel enlèvement.

La justice donne raison au médecin

Les enquêteurs ne veulent donc pas le laisser quitter le pays, tant que cette affaire d’enlèvement n’a pas été élucidée. Un blocus dont désormais se mêle la justice qui a tranché en faveur du médecin, autorisé à se rendre à l’étranger pour ses soins. Les autorités "ont pour ordre de libérer Peter Gabriel Magombeyi immédiatement ou, en tout état de cause, dans l'heure qui suit la réception de cette décision", a tranché un tribunal de Harare. "Nous allons maintenant transmettre cette décision à la police de façon à ce qu'ils lèvent aussitôt sa garde à vue", a déclaré à la presse un de ses avocats, Alec Muchadehama.

"Le gouvernement assure la nation que le Dr Magombeyi n'est pas retenu contre son gré" dans le pays, a affirmé mercredi 25 septembre la ministre de l'Information, Monica Mutsvangwa, précisant que les autorités souhaitaient simplement "assurer sa sécurité". Une version qui ne convainc pas Amnesty International qui dénonce "un déni cruel qui met en danger sa santé."

Il faut dire que le contexte national est assez tendu. Depuis les émeutes du début d’année, le régime du président Emmerson Mnangagwa est décrié. Arrestations, enlèvements, tortures sur les opposants seraient devenus le lot commun. Le cas du docteur Magombeyi ne serait qu’une énième affaire.

L'ONU s'en mêle

Désormais, les Nations unies s’en mêlent. Un rapporteur spécial de l’organisation, Clément Voule, a passé 10 jours dans le pays pour faire le point sur la situation des droits de l’Homme. Il a entendu les griefs émanant notamment des avocats. "Nous savons qu’il y a déjà eu 51 enlèvements cette année. Et tous les enlèvements suivent le même modus operandi", a expliqué Douglas Coltart du collectif Zimbabwe Lawyers for Human Rights. "Des hommes masqués débarquent chez les victimes, lourdement armés. Ils kidnappent, puis torturent. C’est une préoccupation majeure."

Pendant ce temps, les médecins de la ZHDA poursuivent leur mouvement de grève. "Ils ont pris Peter. Qu’est ce qui va les empêcher de prendre l’un de nous ?"

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