Les écoles coraniques au Nigeria, bien plus enfer que paradis

Quelques uns des 300 étudiants libérés de l\'école coranique de Kaduna, au Nigeria, le 26 septembre 2019.
Quelques uns des 300 étudiants libérés de l'école coranique de Kaduna, au Nigeria, le 26 septembre 2019. (- / AFP)

Très répandues dans le nord du pays, certaines écoles font endurer aux élèves les pires sévices.

Plusieurs faits divers récents ont mis en lumière la dramatique situation des élèves des écoles coraniques au Nigeria. Très répandues dans le nord du pays, on les appelle les écoles Almajiri. Dans celle de Kaduna, 300 élèves et étudiants subissaient viols et sévices. Dans l'Etat voisin de Katsina, la police locale a découvert le 12 octobre un autre établissement où quelque 300 élèves étaient victimes d'abus.

Défendues par les uns pour leur rôle social, à savoir retirer de la rue des enfants délaissés par leurs parents, elles sont aussi décriées par les autres pour leurs fréquentes dérives. Comme c'était le cas pour l’école de Kaduna, elles échappent souvent à tout contrôle des autorités. A Kaduna, il y a eu viol, torture, enfermement…"Il s'agit d'un exemple clair de ce que vivent beaucoup d'enfants, y compris le fait d'être obligés de mendier dans la rue, d'être soumis à la violence, de dormir dans les pires conditions et de vivre dans de terribles conditions d'hygiène", a expliqué à l’AFP Sabo Keana, responsable d’une ONG.

La norme sociale au nord du pays

Les enfants des rues sont devenus une norme culturelle dans le nord du Nigeria, tellement le pays est pauvre. Ce sont de jeunes garçons de 4 à 15 ans, souvent fruits d’unions polygames, premières victimes des difficultés financières de la famille. Sous couvert de leur donner un enseignement coranique, les parents se débarrassent de leurs enfants, les confient à ces instituts islamiques. Les autorités estiment à plus de neuf millions le nombre d'élèves présents dans ces écoles.

"Le système manque de bons enseignants et d'un environnement assez sain", écrit le professeur Idris Abdulqadir. "Les normes sont très basses en raison de l'émergence de Mallams coraniques semi-illettrés et à moitié analphabètes, qui utilisent le système comme moyen de vivre plutôt que comme un mode de vie." Principe de base, la mendicité, pratiquée par les enfants pour payer le refuge très sommaire au sein de l’école coranique.

Un système dévoyé et dangereux

"Le système Almajiri est une couverture pour les individus à l’esprit criminel, qui abusent de l'enfant nigérian, de mineurs innocents et les exposent à des comportements antisociaux, et qui enfin les utilisent comme esclaves sexuels", écrit le Guardian.

En clair, le système a été dévoyé, explique Mohammed Ibrahim, porte-parole de l'ONG Arewa Consultative Forum, une organisation sociale du nord du pays. "Almajiri signifie aller à l’école islamique pour apprendre à lire le Coran et ses enseignements, pour le bénéfice social, économique et moral de l’enfant. Ceux que l'on voit mendier dans la rue sont juste des enfants abandonnés par leurs parents, ils ne sont pas des Almajiris." Ces écoles sont autant de viviers pour les groupes terroristes, Boko Haram et autres.

Echec d'un modèle mixte laïc-coranique

L’ancien président Goodluck Jonathan avait lancé un programme de pensionnats modèles. Il s’agissait d’intégrer l’éducation occidentale à une base d’éducation islamique. Ce fut un échec. Moins de 5% des enfants ont rejoint ce nouveau réseau.

Pour les défenseurs de ces instituts, les Almajiri offrent aux familles pauvres des services que l’Etat ne fournit pas. Cela permet de sortir les enfants du dénuement. En juillet 2019, la Chambre des députés a rappelé les Etats à leurs obligations quant à la scolarité des enfants, gratuite et obligatoire de 6 à 16 ans. La Chambre a également demandé à l'Etat fédéral de soutenir le réseau des écoles Almajiri pour lui permettre de construire au moins une école coranique par circonscription électorale d'ici 2021.

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