L’arrivée d’Ebola dans le nord-est de la RDC suscite de très vives inquiétudes

Un agent de santé asperge de désinfectant l\'un de ses collègues dans un centre de traitement d\'Ebola le 9 septembre 2018. 
Un agent de santé asperge de désinfectant l'un de ses collègues dans un centre de traitement d'Ebola le 9 septembre 2018.  (AL-HADJI KUDRA MALIRO/AP/SIPA / AP)

En République démocratique du Congo, les autorités locales multiplient les mesures de prévention et les appels au calme depuis la découverte d’un cas de fièvre hémorragique Ebola, le 14 juillet à Goma.

La confirmation d'un premier cas d'Ebola, le 14 juillet à Goma, grande ville du Nord-Kivu (nord-est de la RDC) d'un million d’habitants, constitue "un avertissement" sur les dangers de cette épidémie et "change potentiellement toute la donne". Telle est la mise en garde faite le 15 juillet 2019 par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS). 

En République démocratique du Congo, les autorités locales multiplient les mesures de prévention depuis cette découverte. Le malade, un pasteur évangélique, est le premier cas confirmé de la fièvre hémorragique dans la région depuis le début de l'épidémie le 1er août 2018. Laquelle a fait plus de 1600 morts. Les équipes chargées de répondre à l'épidémie ont identifié 60 contacts du pasteur jusqu'à présent. "Nous en avons retrouvé et vacciné 30 et, avec un peu de chance, nous aurons vacciné les 30 autres dans les 24 heures à venir", a précisé le responsable des situations d’urgence à l’OMS, Mike Ryan.

Première mesure : le patient a été évacué le 15 juillet au matin vers Butembo. Motif : le centre de traitement d'Ebola (CTE) de Butembo, épicentre de l'épidémie, est mieux préparé que celui de Goma qui n'a encore traité aucun cas jusqu'à présent, a affirmé le gouverneur, Carly Nzanzu Kasivita. "Le cas a été non seulement détecté précocement, mais aussi isolé immédiatement évitant toute contamination additionnelle", a-t-il poursuivi.

Des acteurs de santé, munis de combinaisons de protection, s\'occupent d\'une personne atteinte d\'Ebola, placée dans un cube d\'isolation à Beni (nord-est de la RDC) le 13 juillet 2019.
Des acteurs de santé, munis de combinaisons de protection, s'occupent d'une personne atteinte d'Ebola, placée dans un cube d'isolation à Beni (nord-est de la RDC) le 13 juillet 2019. (JEROME DELAY/AP/SIPA / SIPA)

Jusqu’à présent, l'épidémie était cantonnée dans le nord de la province, dans les zones de Beni-Butembo, depuis qu'elle a été officiellement dépistée le 1er août 2018 près de Beni.

Itinéraire

L'itinéraire du patient a de quoi nourrir les inquiétudes plus ou moins rationnelles qui entourent chaque maladie contagieuse et mortelle. Originaire du Sud-Kivu, le pasteur était arrivé début juillet à Butembo, où il a présenté les premiers symptômes dès le 9 juillet. "Durant son séjour à Butembo, le pasteur a prêché dans sept églises", où il touchait de ses mains régulièrement les fidèles, "y compris les malades", précise le ministère de la Santé. Le pasteur, qui serait membre d'une Eglise évangélique dite du "réveil", a ensuite pris la route pour Goma le 12 juillet à bord d'un bus avec 18 autres passagers et le chauffeur.

"Le bus est passé par trois points de contrôle sanitaire. Lors des contrôles, il ne semblait pas présenter des signes de la maladie. Par ailleurs, à chaque point de contrôle, il a écrit des noms et prénoms différents sur les listes de voyageurs, (ce qui indique) probablement sa volonté de cacher son identité et son état de santé", rapporte le ministère de la Santé.

"Dès son arrivée à Goma (le 14 juillet , NDLR), il s'est rendu dans un centre de santé car il ne se sentait pas bien et avait commencé à faire de la fièvre. Aucun autre patient ne se trouvait dans le centre de santé, réduisant le risque d'infections nosocomiales d'autres personnes", affirme-t-on. Selon une autre source, anonyme, citée par l’agence France Presse (AFP), l'homme avait utilisé un taxi-moto pour se rendre au préalable chez un de ses amis.

"L'épidémie n'est toujours pas sous contrôle"

L'inquiétude est palpable à Goma, ville partagée entre ses villas avec vues magnifiques sur le lac Kivu, siège des Nations unies et des ONG, et ses quartiers densément peuplés avec une activité commerciale importante. "Goma est très peuplée, je crains que la propagation ne soit rapide. (Il faut, NDLR) que les autorités fassent tout pour retrouver toutes ces personnes car Goma est un grand carrefour vers plusieurs destinations", s'inquiète un moto-taxi, Jean-Pierre, 30 ans, citée par l’AFP.

Scènes de rue à Kiwanja (60 km au nord de Goma en RDC) le 16 février 2015
Scènes de rue à Kiwanja (60 km au nord de Goma en RDC) le 16 février 2015 (STEPHANIE AGLIETTI / AFP)


La cité se trouve en effet à la frontière du Rwanda, avec un port d'où les bateaux partent pour Bukavu et le Sud-Kivu, et un aéroport avec des vols civils ou onusiens à destination de Kinshasa (capitale de la RDC), Entebbe (ancienne capitale de l’Ouganda) et Addis Abeba (capitale de l’Ethiopie). "Nous avons travaillé intensément pour que n'importe quel cas à Goma soit identifié et pour y apporter une réponse immédiate", a commenté le directeur général de l'OMS, Tedros Adahom Ghebreseyus.

"Ce cas confirmé d'Ebola à Goma montre que la situation demeure inquiétante et que l'épidémie n'est toujours pas sous contrôle", a commenté Médecins sans Frontière (MSF) qui a cessé ses interventions à Beni-Butembo en raison de l'insécurité. Une insécurité qui a d'ailleurs encore frappé à Beni où deux notables locaux, enrôlés dans des actions de prévention, ont été assassinés dans la nuit du 13 au 14 juillet 2019.

Les résistances des populations

L'intervention des responsables communautaires dans ces actions est destinée à lever les résistances des populations contre la vaccination et l'hospitalisation ainsi que contre des modes d'enterrement qui évitent les contacts avec les fluides contagieux des défunts. "Selon plusieurs sources, les assaillants seraient des personnes du même quartier que les deux victimes. (Ces assaillants enviaient les victimes car elles) avaient trouvé un emploi dans la riposte contre Ebola", a indiqué le ministère de la Santé. Un épidémiologiste de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) avait été tué le 20 avril à Butembo, où deux centres de traitement d'Ebola (CTE) avaient été attaqués fin février-début mars.

Le monde n'a pas entendu "les avertissements", écrivait le site de l’OMS dès… janvier 2015. Avant d’ajouter : "Une évaluation officielle de la riposte à la pandémie de grippe H1N1 en 2009 avait abouti à la conclusion que le monde l’avait échappé belle à cette occasion, car le virus avait été peu agressif, mais qu'il était mal préparé à faire face à des urgences graves et durables à l'avenir, comme en témoigne cette épidémie d'Ebola"… Laquelle est la deuxième la plus importante de l'histoire après celle qui a tué près de 11 000 personnes en Afrique de l'Ouest (Guinée, Liberia, Sierra Leone) en 2013-2014.

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