Kenya : la peur quotidienne des lesbiennes et gays dans un camp de réfugiés

Les réfugiées ougandaises Suzan Nakajiri et Eva Nabagala, membres de la communauté LGBT, dans le camp de Kakuma, le 22 février 2020. 
Les réfugiées ougandaises Suzan Nakajiri et Eva Nabagala, membres de la communauté LGBT, dans le camp de Kakuma, le 22 février 2020.  (GORAN TOMASEVIC / X90012)

300 réfugiés gays, lesbiennes et transgenres subissent des violences en raison de leur orientation sexuelle. 

Eva Nabagala espérait qu’elle et son jeune fils seraient à l’abri de sa famille lorsqu’ils ont fui l’Ouganda pour un camp de réfugiés au Kenya. Au lieu de cela, la jeune femme de 28 ans dit qu’elle y a été attaquée et violée parce que lesbienne.

J’ai été menacée de mort, j’ai été battue, j’ai été harcelée sexuellement, et j’ai été abusée sexuellement, violéeEva Nabagala, 28 ans, réfugiéeà Reuters

Elle fait partie d’un groupe d’environ 300 personnes gays, lesbiennes et transgenres dans le camp de réfugiés de Kakuma (lien en anglais), dans le nord-ouest du Kenya. Elles affirment que d’autres occupants du camp les ont attaqués à plusieurs reprises en raison de leur orientation sexuelle. Selon ces réfugiés, la police et le HCR, l’agence des Nations unies pour les réfugiés, n’ont pas réussi à les protéger.

Les réfugiés ougandais Kimuli Brian et Dennis Wasswa, membres de la communauté LGBT), dans le camp de Kakuma, le 22 février 2020.
Les réfugiés ougandais Kimuli Brian et Dennis Wasswa, membres de la communauté LGBT), dans le camp de Kakuma, le 22 février 2020. (GORAN TOMASEVIC / X90012)

Le HCR Kenya a déclaré à Reuters que la police enquêtait sur des informations faisant état de violences, d’agressions ou d’autres crimes. "Chaque fois que nous sommes informés, nous faisons tout notre possible pour fournir un soutien médical, juridique et social-économique et des conseils psychosociaux aux victimes", a déclaré l’agence onusienne. 

Menaces de mort

Le porte-parole de la police nationale kényane, Charles Owino, a déclaré qu’il n’était au courant d’aucune violence contre le groupe de réfugiés. Eve Nabagala a déclaré qu’elle et son fils maintenant âgé de deux ans sont venus au Kenya, en 2018, après que sa famille a menacé de la tuer parce que lesbienne. Stephen Sebuuma, un autre réfugié ougandais à Kakuma, a déclaré que des exilés armés de barres de fer, de bâtons et de machettes ont endommagé leurs maisons à trois reprises, blessant quatre adultes et deux enfants.

La police nous insulte au lieu de nous aiderStephen Sebuuma, réfugié ougandaisà Reuters

Kambungu Moubarak, 31 ans, également originaire d’Ouganda, a déclaré que les assaillants ont également incendié deux maisons. Le HCR Kenya a affirmé avoir, dès qu’ils ont été informés de l’attaque, contacté le Secrétariat des affaires des réfugiés du Kenya et envoyé une ambulance. Le HCR a également informé la police, qui a ouvert des enquêtes.

14 ans de prison 

Les relations entre personnes de même sexe sont passibles de 14 ans de prison au Kenya. Une loi rarement appliquée, mais la discrimination est courante. Le Kenya exige des réfugiés qu'ils restent dans des camps. Certains ont essayé de partir, mais disent que la vie est si difficile dehors qu’ils sont revenus. Eva Nabagala a quitté le camp, mais a été violée à nouveau à Mombasa, où elle était allée chercher abri. Avant de revenir.

Une autre réfugiée, Winnie Nabaterega, 23 ans, avait fui l’Ouganda en 2019 après avoir été violée et être tombée enceinte. Son père l’a poussée à épouser son agresseur. Sa fille, aujourd’hui âgée de deux ans, vit avec elle. Elle est constamment menacée par d’autres réfugiés. "On nous a dit que parce que nous étions homosexuels, ils mettraient du poison dans l’eau", dit-elle. 

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