Egypte : Human Rights Watch dénonce un durcissement des attaques du régime Sissi contre les défenseurs des droits de l’Homme

Derrière une vitre de protection, le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi prononce un discours lors de la cérémonie d\'ouverture du match de football 2019 de la Coupe d\'Afrique des Nations opposant l\'Egypte et le Zimbabwe au Stade international du Caire, le 21 juin 2019.
Derrière une vitre de protection, le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi prononce un discours lors de la cérémonie d'ouverture du match de football 2019 de la Coupe d'Afrique des Nations opposant l'Egypte et le Zimbabwe au Stade international du Caire, le 21 juin 2019. (JAVIER SORIANO / AFP)

Egyptien et co-président du Conseil d'administration de Human Rights Watch, Hassan Elmasry dénonce une intensification des attaques du régime d’Abdel Fattah al-Sissi contre les personnes qui travaillent à "protéger les citoyens".

"Je suis fier de mon héritage égyptien", écrit Hassan Elmasry dans une lettre publiée le 24 juillet 2019 sur le site de l’organisation de défense des droits de l’Homme Human Rights Watch (HRW). "Je suis également membre du conseil d'administration de Human Rights Watch depuis six ans et coprésident du conseil depuis six ans. En ce moment dangereux et critique pour les droits de l'Homme en Egypte, j'estime que je dois répondre", poursuit-il. Selon lui en effet, les personnes qui enquêtent et travaillent à protéger les Egyptiens contre les abus du pouvoir sont soumises en ce moment à des attaques agressives et répétées.

Des attaques du gouvernement et de ses mandataires dans les médias

Ces attaques émanent du gouvernement et de ses mandataires dans les médias, de ses forces de sécurité et même de membres de l’autorité judiciaire "supposée indépendante", précise-t-il.

Estimant que la campagne contre sa propre organisation, telle que "les attaques régulières contre notre réputation et les efforts pour empêcher nos représentants d’entrer dans le pays, sont relativement faciles", Hassan Elmasry s’attache surtout à défendre les organisations égyptiennes qui, font face, elles, à des poursuites et des peines de prison.

Il dénonce surtout une intensification des campagnes de diffamation dans la presse proche du pouvoir, qui qualifie désormais les défenseurs des droits de l'Homme de défenseurs des "terroristes""L'un de ces journalistes, un favori du président Abdel Fattah al-Sissi, a appelé à l''exécution' d’Amr Magdy, membre de notre personnel", rappelle Elmasry dans sa lettre.

Le 31 mai 2019, l’agence américaine AP avait rapporté que l’animateur de télévision Ahmed Moussa, proche du pouvoir, avait accusé Magdy d’être un terroriste et un traître. Il a même juré qu’un jour le militant de HRW serait extradé en Egypte où il sera puni.

Son crime ? Avoir rendu compte des conclusions d’un rapport de l’ONG de 134 pages faisant état de graves violations des droits humains par la police et les forces armées égyptiennes dans leur lutte contre les insurgés islamistes dans la péninsule du Sinaï.

La stratégie cynique du pouvoir

Pour Elmasry, la stratégie cynique du pouvoir repose sur "le mensonge selon lequel les droits de l'Homme sont étrangers à l'Egypte et que ceux qui les promeuvent ne font qu’obéir à un calendrier étranger néfaste", alors que le mouvement de défense des droits de l'Homme remonte à l’époque de la lutte pour l’indépendance.

Bafouant la Constitution égyptienne, qui garantit une existence de la société civile sans intervention lourde de l’Etat, le régime détourne les lois pour attaquer l’Organisation égyptienne des droits de l'Homme ou encore le Centre Nadim pour la réhabilitation des victimes de violences et de tortures.

Le responsable de HRW précise que les autorités ont même fermé ce centre en février 2017 en dépit de soins indispensables aux victimes, sous prétexte qu’il avait violé les conditions de sa licence en faisant état d’actes de tortures et en se montrant critique à l’égard du pouvoir.

Pour Elmasry, l’objectif du régime est de créer un environnement dans lequel "les dirigeants gouvernent sans avoir à rendre de comptes et où les forces de sécurité peuvent maltraiter les citoyens en toute impunité".

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