Ebola en République démocratique du Congo : querelles autour du lancement d'un deuxième vaccin

Un homme se fait vacciner contre le virus Ebola au centre de santé Afia Himbi à Goma (est de la RDC), le 15 juillet 2019.
Un homme se fait vacciner contre le virus Ebola au centre de santé Afia Himbi à Goma (est de la RDC), le 15 juillet 2019. (PAMELA TULIZO / AFP)

Le virus Ebola et les pistes pour l'éradiquer sèment la discorde au sommet de l'Etat, alors que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a élevé l'épidémie actuelle au rang d'"urgence de santé publique de portée internationale".

Le nouveau coordinateur de la RDC chargé de la lutte contre l'épidémie d'Ebola dans son pays, Jean-Jacques Muyembe, envisage de recourir à un deuxième vaccin, auquel s'est opposé le ministre congolais de la Santé. Ce dernier a démissionné. Le Dr Oly Ilunga a expliqué s'être senti désavoué par la décision du président Félix Tshisekedi de prendre le contrôle direct de la riposte contre l'épidémie d'Ebola. Cette fièvre hémorragique virulente a tué 1737 personnes depuis août 2018 dans l'est de la RDC. Le cumul des cas s'élève à 2578, dont 2484 confirmés et 94 probables, selon le dernier bulletin du ministère de l'Intérieur.

L'apparition d'un nouveau sérum en provenance de Belgique

Autorisé depuis mai 2018 par le Comité d'éthique congolais, un premier vaccin, produit par le laboratoire américain Merck, a été utilisé contre Ebola pour la première fois dans le monde. En RDC, où 11 000 personnes ont bénéficié d'une injection, les résultats ont été couronnés de succès.

Mais face au risque d'une augmentation importante du nombre de malades, l'OMS recommande désormais l'introduction d'un deuxième vaccin produit par le laboratoire belge Janssen, filiale de l'Américain Johnson&Johnson.

Le vaccin Merck est adapté aux situations de crise car il s'injecte en une seule dose et assure une immunité dans les 10 jours. En revanche, le vaccin belge requiert l'administration de deux doses à 56 jours d'intervalle, ce qui risque de poser un problème pour le suivi des patients dans l'est de la RDC, en proie à des violences commises par des milices armées. Ainsi, le 24 juillet 2019, 12 personnes étaient tuées par des insurgés islamistes dans deux villes de l'est de la RDC où sévit l'épidémie. Les soldats présents n'ont pas pu éviter le massacre.

Risque de livraison à flux tendu

Malgré cette situation sécuritaire peu sûre, l'organisation Médecins sans frontières (MSF) prône l'utilisation immédiate du deuxième vaccin afin de "construire un mur" de personnes vaccinées autour du foyer d'infection. L'ONG s'est en même temps inquiétée du "manque de transparence" concernant les réserves du vaccin Merck. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a fait savoir que les stocks étaient suffisants, tout en reconnaissant que si l'épidémie s'aggravait, "nous pourrions être à flux tendu sur la livraison".

L'OMS, face à un processus d'infection complexe déclaré "urgence sanitaire mondiale" par ses services le 17 juillet, rappelle que la décision finale sur le recours à un autre vaccin revient au gouvernement congolais, mais elle insiste sur "la nécessité d'avoir tous les outils disponibles". Message reçu cinq sur cinq par le président Tshisekedi qui a chargé le Dr Muyembe, nouveau coordinateur anti-Ebola en RDC, de former un groupe scientifique au niveau national chargé d'étudier l'utilisation d'un éventuel deuxième vaccin. Jean-Jacques Muyembe, virologue de renom, a consacré sa vie au virus Ebola après avoir enquêté sur la première flambée connue de la maladie. C'était en 1976 dans un pays qui s'appelait alors le Zaïre

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