Cameroun : des morts subites et des motards qui planent, quand l'addiction au tramadol vire au cauchemar

Moto-taxi à Yaoundé au Cameroun en octobre 2018.
Moto-taxi à Yaoundé au Cameroun en octobre 2018. (MARCO LONGARI / AFP)

C’est une affaire de gros sous et une source d’inquiétude pour les Camerounais. Le tramadol, un anti douleur dérivé de l’opium, est devenu l’ennemi public n°1. 

Pour tenir le coup, jour et nuit, le tramadol est devenu incontournable pour les conducteurs de moto-taxis dans les grandes villes du Cameroun. Aucun problème pour se procurer la pilule miracle qu’il suffit de diluer ensuite dans une tasse de thé. Censé soulager la douleur, ce médicament dérivé de l'opium a été détourné à d’autres fins. Un phénomène qui inquiète les autorités au plus haut point et que décrit à franceinfo Afrique le blogueur camerounais, Ecclésiaste Deudjui.

"Le tramadol leur donne des ailes. Ils ont la sensation de planer. Ils prennent beaucoup de risques en se faufilant entre les voitures. Ils roulent à toute vitesse et peuvent travailler toute la nuit sans avoir peur de se faire agresser. Ils se sentent tellement forts et capables d'affronter toute menace", explique-t-il. Une sensation de toute puissance qui se solde par des accidents tragiques et des pertes en vies humaines.

Lycéens et collégiens devenus la cible des dealers

Au départ, raconte Ecclésiaste Deudjui, le tramadol, appelé aussi tramor au Cameroun, n’était pas considéré comme une drogue puisqu’il s’agissait d’un médicament contre la douleur. Les autorités ont donc été prises de court, lorsqu’elles se sont rendu compte que la pilule était abondante dans les établissements scolaires des grandes villes. Lycéens et collégiens s’en donnaient à cœur joie. Ils étaient devenus la cible des dealers

On s'est rendu compte que certains élèves étaient absentéistes, d'autres agressaient leurs enseignants et développaient des crises d'épilepsie. Puis on a constaté des cas de morts subitesEcclésiaste Deudjui, blogueur camerounaisà franceinfo Afrique

Au marché noir, à Douala et à Yaoundé, la pilule miracle se vend comme des petits pains. On peut s’en procurer à partir de 25 francs CFA, à peine quatre centimes d’euro. Des réseaux mafieux inondent les grandes villes et n'hésitent pas à proposer des médicaments de contrefaçon.

"Les élèves ont pu accéder au tramadol parce qu’il ne coûte pas cher. La demande était telle, que les lycées et les collèges sont devenus la cible des dealers. Ces derniers s’installaient à l’entrée des écoles sous prétexte de vendre des manuels scolaires. Avec le tramadol sous le manteau", raconte Ecclésiaste Deudjui.

Ecclésiaste Deudjui est un blogueur camerounais qui décortique les problèmes de société dans son pays.
Ecclésiaste Deudjui est un blogueur camerounais qui décortique les problèmes de société dans son pays. (Photo/ E.Deudjui)

Pour les autorités camerounaises, trop c’est trop

Le meurtre d’un élève de 15 ans, poignardé à mort par son camarade dans un lycée public de Douala en mars 2019, a provoqué une émotion intense. Ce drame a relancé le débat sur la circulation de la drogue en milieu éducatif, où les agressions se sont multipliées. "Ce meurtre a été un véritable choc qui a amené la police à prendre de nouvelles mesures pour lutter contre le fléau du tramadol. Depuis six mois, les autorités font le maximum pour intercepter ces produits. On essaie de pourchasser les trafiquants, les vendeurs sont immédiatement arrêtés et incarcérés", explique Ecclésiaste Deudjui.

Le tramadol, une affaire de gros sous

Sur le terrain, le blogueur camerounais constate que la traque a véritablement été lancée contre les fournisseurs et les revendeurs du tramadol, dont la présence a sensiblement diminué. Mais le combat est loin d’être gagné. En avril 2018, rappelle-t-il, les services des douanes camerounais ont intercepté dans la ville de Douala, plus de 150 000 comprimés de tramadol. C’est dire que ce produit ne se vend pas seulement au marché noir. C’est une affaire de gros sous dont se sont emparés des réseaux mafieux qu’il faudra démanteler, explique-t-il à franceinfo Afrique.

Vous êtes à nouveau en ligne