Au Malawi, l'école publique doit accueillir les enfants rastas tels qu'ils sont

Ezaius Mkandawire, rasta du Malawi, vient chercher son fils Uhuru à l\'école de Lilongwe, le 30 janvier 2020.
Ezaius Mkandawire, rasta du Malawi, vient chercher son fils Uhuru à l'école de Lilongwe, le 30 janvier 2020. (AMOS GUMULIRA / AFP)

Un arrêt de la Haute Cour du pays a ordonné aux écoles publiques de cesser d’exiger des élèves de religion rastafarie de couper leurs dreadlocks pour aller en classe.

Les dreadlocks (littéralement "mèches de la peur"), symbole religieux pour la communauté rastafarie, n'ont jamais été admises dans la société malawite. Avant l'avènement de la démocratie en 1994 au Malawi, les dreadlocks y étaient déjà interdites. Et jusqu'au jugement du 14 janvier 2020, elles l'étaient encore dans les établissements scolaires publics de ce petit pays d'Afrique australe, sous prétexte que les enfants devaient avoir des coupes impeccables.

La première dame des Etats-Unis Melania Trump en visite dans une école primaire du Malawi lors de sa tournée africaine en solo, en octobre 2018. Dans la classe, pas un cheveu ne dépasse.
La première dame des Etats-Unis Melania Trump en visite dans une école primaire du Malawi lors de sa tournée africaine en solo, en octobre 2018. Dans la classe, pas un cheveu ne dépasse. (SAUL LOEB / AFP)

Plus 70 parents ont déposé plainte

La chevelure rasta est au cœur d'une décision historique rendue par la Haute Cour du pays. Dans son arrêt, la juge Zione Ntaba a ordonné aux 6 860 écoles publiques du pays d'"autoriser tous les enfants de religion rasta qui ont des dreadlocks à (y) être inscrits", mettant fin à des années d'ostracisme envers une communauté devenue nombreuse dans les années 80. Aujourd'hui, les parents rastas se réjouissent d’une décision de justice qui permettra à leurs enfants d'aller à l'école avec cette coiffure.

"Je suis ravi de cette décision parce que ça m'enlève un sacré poids des épaules", explique le père d'une élève tenue à l'écart de l'école publique, Wisdom Mbewe, dont la plainte déposée contre l'Etat malawite avec 70 autres parents a lancé toute la procédure. Pendant deux ans, sa fille "Makeda a suivi ses cours à la maison et cela me coûtait cher", explique le chauffeur de poids lourds.

"C'était vraiment décourageant. Je suis un contribuable scrupuleux, et pourtant mon enfant n'était pas autorisé à aller à l'école publique" gratuite, témoigne M. Mbewe, dreadlocks jusqu'aux épaules. La justice vient finalement de lui donner raison. "Ca fait tellement longtemps qu'on attendait ça. Vingt-cinq ans après l'avènement de la démocratie, nos enfants ne pouvaient toujours pas aller à l'école", témoigne un autre père, Ezaius Mkandawire, 40 ans. "Toute une génération d'enfants n'a pas pu aller à l'école" publique, regrette-t-il.

En plus d'ordonner l'intégration des enfants rastas dans l'enseignement public, la Haute Cour du Malawi a aussi exigé du ministère de l'Education qu'il propose des cours de rattrapage aux enfants qui ont manqué l'école.

L'interdiction des dreadlocks est inconstitutionnelle

Inspiré de la Bible et de la spiritualité africaniste, le culte rastafarien, popularisé dans les années 70 par le chanteur jamaïcain de reggae Bob Marley, compte de nombreux adeptes dans le monde, dont quelque 15 000 membres, parfois victimes de discriminations au Malawi, un pays de plus de 18 millions d'habitants.

Cependant, la règle interdisant les coiffures rastas dans les établissements publics contrevenait à la Constitution du pays, constate Edge Kanyongolo, professeur de droit à l'université du Malawi. La loi suprême "garantit de nombreux droits, y compris celui de pratiquer sa religion et le droit à l'égalité", dit-il. 

Et c'est précisément pour des raisons religieuses que les rastafaris font pousser leurs cheveux, avant de les torsader en dreadlocks. "Je ne peux pas comprendre en quoi cette coiffure peut offenser quiconque", poursuit Edge Kanyongolo. Les règles devraient être modernisées pour être en conformité avec la Constitution parce que la Constitution est la loi suprême."

La communauté rasta espère que cette décision historique aura des répercussions au-delà de l'école. Ce droit à l'égalité devrait "s'étendre au milieu du travail (...). Les rastas doivent être employés. Si vous êtes qualifiés, vous devriez obtenir un entretien et être embauché avant qu'on vous fasse remarquer vos dreadlocks", souligne un rasta, Limbani Selemani. Appliquer la Constitution, c'est tout.

Vous êtes à nouveau en ligne