Au Bénin, une journaliste se bat contre le harcèlement sexuel, un fléau en milieu professionnel

La journaliste béninoise Angela Kpeidja, lors d\'une émission sur l\'ORTB, la chaîne publique béninoise.
La journaliste béninoise Angela Kpeidja, lors d'une émission sur l'ORTB, la chaîne publique béninoise. (Angela Kpeidja)

Angela Kpeidja vient de lancer le mouvement #N'aiepaspeur pour inciter les femmes à dénoncer ce fléau.

Après des années de silence, Angela Kpeidja, journaliste à l'ORTB, la télévision publique du Bénin, décide de parler ouvertement du harcèlement sexuel en milieu professionnel. Elle dénonce une pratique dont elle a été victime et lutte pour libérer la parole des femmes. 

Le ras-le-bol

Tout commence par une publication sur Facebook. Le 1er mai 2020, jour de la fête du travail, la journaliste Angela Kpeidja exprime son ras-le-bol du harcèlement sexuel dont elle a été la cible à l’ORTB, la télévision publique béninoise. Elle dénonce les pratiques humiliantes subies par les femmes comme une fatalité. Son témoignage inédit provoque un débat dans le pays. Quelques jours plus tard, une autre journaliste, Priscille Kpogbémé, lui emboîte le pas et condamne à son tour le comportement des hommes dans les médias.

Personne n'ignorait le problème du harcèlement, mais nous sommes dans une société où les femmes ne parlent pas, ne dénoncent pas. Elles ont peur et n’obtiennent jamais justiceAngela Kpeidja, journaliste à l'ORTB, la télévision publique du Béninà franceinfo Afrique

Des années d'humiliations

Angela reconnaît que ça n'a pas été facile de se retrouver au centre d’une histoire de harcèlement sexuel. Mais en brisant le silence, elle constate que le problème était bien plus important qu'elle ne l’imaginait. Son témoignage est d'ailleurs parvenu au chef de l'Etat, Patrice Talon, qui l'a reçue avant de condamner ouvertement les "pratiques répréhensibles" en promettant des sanctions.

Depuis, un des responsables de la chaîne a été suspendu et une enquête a été ouverte par la justice. Une satisfaction relative pour la jeune femme, encore traumatisée par une tentative de viol en 2013 et des années de harcèlement et d'humiliations.

J'étouffais, j'avais alerté tous mes chefs, personne n’avait réagi. (…) Le harcèlement détruit une femme, il l’anéantit… Pour certains hommes, c’est un jeu, mais nous ne sommes pas des chosesAngela Kpeidja, journaliste à l'ORTB, la télévision publique du Béninà franceinfo Afrique

"Faire bouger les lignes"  

Angela Kpeidja se dit également choquée par le comportement de certaines femmes qui pensent que "les faveurs sexuelles" sont un passage obligé pour réussir professionnellement. Elle se bat désormais pour que le harcèlement sexuel ne reste pas un sujet tabou. La journaliste béninoise vient de lancer le mouvement #N’aiepaspeur sur les réseaux sociaux pour soutenir les femmes et travaille pour un renforcement de la loi en matière d'agressions sexuelles. Elle sait que le combat est long, mais elle est déterminée à faire "bouger les lignes" et se veut un exemple pour la nouvelle génération.

On commence à peine à prendre conscience de ce phénomène. La femme doit pouvoir travailler dans un environnement sain où l'on reconnaît pleinement ses compétences professionnellesAngela Kpeidja, journaliste à l'ORTB, la télévision publique du Béninà franceinfo Afrique

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