Algérie : les autorités ferment des lieux de culte protestants

Un pasteur algérien dans son église, le 7 juin 2008 à Alger.
Un pasteur algérien dans son église, le 7 juin 2008 à Alger. (FAYEZ NURELDINE / AFP)

Plusieurs lieux de culte ont été fermés ces derniers mois, sans que les autorités ne justifient leurs décisions. 

Les autorités algériennes ont fait fermer les 15 et 16 octobre trois nouveaux lieux de culte de l'Eglise protestante d'Algérie (EPA), qui regroupe une cinquantaine de communautés notamment évangéliques, a dénoncé son président, le pasteur Salah Chalah. "Une fois encore, les chrétiens d’Algérie sont la cible de tracasseries officielles, aussi illégales qu’injustifiées. Sans décision de justice, les autorités ont procédé à la fermeture d'une douzaine d’églises. Dernières en date, les églises de Makouda et de Tizi-Ouzou ont été scellées, mardi 15 octobre, par les forces de l’ordre, en usant de violences contre les fidèles qui étaient en prières", s’indigne dans un communiqué le pasteur Chalah.

"Prétexte"

Le motif officiel de ces fermetures "est exercice du culte sans autorisation", mais "c'est un prétexte", a expliqué à l'AFP par téléphone le pasteur Chalah, soulignant que "depuis 2018, 12 communautés affiliées à l'EPA ont été fermées". 

L'Eglise protestante d'Algérie, qui revendique 46 lieux de cultes, dans 12 des 48 régions du pays et une dizaine de milliers de fidèles, est une association agréée depuis sa création en novembre 1974.

Silence des autorités

Ni le ministère de l'Intérieur, ni le ministère des Affaires religieuses n'ont communiqué sur ces fermetures. En décembre dernier, le ministre des Affaires religieuses Mohamed Aïssa avait rappelé que la liberté de culte est garantie par la Constitution, mais avait affirmé que l'EPA "ne respecte pas les lois algériennes".

Historiquement, en 1974, l'EPA se revendiquait d'un protestantisme "classique", a expliqué à l'AFP l'historienne Karima Dirèche, qui a travaillé sur la liberté de culte et les Eglises néo-évangéliques en Algérie. Depuis, des Eglises évangéliques, qui "n'ont qu'un lointain rapport avec les Eglises protestantes historiques en Algérie", se sont greffées à l'EPA pour bénéficier de son agrément, a-t-elle ajouté. Ces Eglises néo-évangéliques sont dans le viseur des autorités, car "ce sont celles qui font le plus de bruit", estime-t-elle. 

Les fidèles revendiquent leur algérianité et leur conversion, et affichent clairement leur projet de réveil du christianisme en pays musulmanKarima Dirèche, historienneà l'AFP

Solidarité 

Une marche de protestation a eu lieu à Béjaïa, à environ 240 km à l'est d'Alger, où des lieux de culte ont été fermés.

Sur les réseaux sociaux, des internautes appellent à la solidarité et la liberté de culte.

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