Afrique du Sud : la distanciation sociale a rendu la vie très difficile aux aveugles

L’interdiction des contacts a bouleversé le quotidien des personnes non-voyantes.

Pour empêcher une catastrophe sanitaire, l'Afrique du Sud a décrété fin mars 2020 un confinement total et imposé une distanciation physique. En juin, le photographe Luca Sola s’est rendu dans un immeuble de Johannesburg où vivent des immigrés zimbabwéens dont certains ont perdu la vue. Pour ces non-voyants, dans une période où chacun doit garder ses distances avec l’autre, la vie est devenue très compliquée.

10 photos illustrent ce propos.

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Dans cet immeuble délabré de Johannesburg vivent environ 200 personnes. Beaucoup d’entre elles sont des immigrés zimbabwéens. Certains, comme Jetro, Enok ou Angeline, sont aveugles.            LUCA SOLA / AFP
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Jetro Gonese est arrivé en Afrique du Sud en 2008. Parce que victime d’une cécité à l’âge de deux ans après une rougeole virulente, il a suivi au Zimbabwe des études et une formation d'enseignant pour enfants malvoyants.      LUCA SOLA / AFP
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Mais aucune de ses qualifications professionnelles n'étant reconnues en Afrique du Sud, Jetro a dû alors mendier pour survivre.          LUCA SOLA / AFP
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Il a toujours utilisé ses mains pour explorer son environnement et pouvoir ainsi se repérer. "Le toucher nous permet d'identifier la plupart des choses. La texture des surfaces, la peau, les mains... C'est une part essentielle de nos vies. (…) Mais serrer les mains ou toucher les choses est devenu dangereux, à cause des risques de contracter la maladie", constate-t-il. Alors maintenant, "pour nous, la communication est difficile".        LUCA SOLA / AFP
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Contraint de rester confiné dans sa chambre, il profite de ses longues semaines d'enfermement pour rédiger ses mémoires. Jour après jour, il frappe sur les touches en braille de sa machine à écrire pour raconter les grandes étapes de son existence.      LUCA SOLA / AFP
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Enok Mukanhairi, 57 ans, et son épouse Angeline Tazira, 50 ans, sont tous les deux aveugles. Ils se sont rencontrés dans une école pour mal-voyants à Masvingo, mais la crise économique qui affecte le Zimbabwe les a contraints à prendre la route de l'Afrique du Sud en 2007. Ils vivent avec leurs quatre enfants dans deux pièces exiguës.      LUCA SOLA / AFP
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Avec l'allègement progressif du confinement, Enok a pu enfin s’aventurer hors de l’immeuble et rejoindre la rue où il mendie pour vivre. Mais sa première sortie a viré au chemin de croix. "Il est difficile d'entendre correctement la voix de ceux qui portent des masques", déclare-t-il. "Le ton des voix auquel on est habitué change. Ça nous empêche d'identifier rapidement les personnes."      LUCA SOLA / AFP
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Il fait aussi un autre constat. Les automobilistes sont bien moins enclins qu'auparavant à baisser la vitre de leur véhicule au feu rouge pour lui donner une pièce. Et ceux qui s'y hasardent le font sans prendre le temps d'échanger un mot.      LUCA SOLA / AFP
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"Les gens ne se sentent plus libres de parler comme avant", regrette Enok. "J'ai très peur d'attraper le coronavirus, mais moins quand même que de ne pas avoir à manger", ajoute-t-il. Angeline, sa femme, n'a pas encore eu le courage de ressortir pour mendier dans les rues. "C'était bien plus simple avant", remarque-t-elle.      LUCA SOLA / AFP
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Siwachi Mavhaire est lui aussi originaire du Zimbabwe. Il a longtemps vécu dans cet immeuble avec les aveugles. Bénévole au Forum de la diaspora africaine, une ONG qui vient en aide aux immigrants, il est retourné, à la faveur de la crise sanitaire, auprès des personnes malvoyantes pour leur venir en aide. "Leur situation est vraiment différente", souligne-t-il. "Moi, même confiné, je peux quand même sortir et revenir. (...) Eux sont obligés de respecter le confinement plus que tous les autres."      LUCA SOLA / AFP
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