Sierra Leone: un projet d'aéroport international chinois tombe à l'eau

Julius Maada Bio, président du Sierra Leone, et son homologue chinois  Xi Jinping, à Pékin, le 30 août 2018.
Julius Maada Bio, président du Sierra Leone, et son homologue chinois  Xi Jinping, à Pékin, le 30 août 2018. (Roman PILIPEY / POOL / AFP)

La Sierra Leone a abandonné un projet d'aéroport international confié à un groupe chinois. Raison invoquée par son président, Julius Maada Bio: son manque de rentabilité économique. La Chine devait aussi financer une autoroute à péage à 143 millions d'euros, mais le projet a été annulé. Ces décisions n'auront toutefois pas d'impact sur la présence chinoise dans ce pays, relèvent les analystes.


«Arnaques». C'est ainsi que pendant sa campagne électorale, Julius Maada Bio, élu président en avril 2018, avait qualifié les projets d'infrastructures financés par la Chine. Son prédécesseur, Ernest Bai Koroma, avait annoncé en décembre 2012 son souhait de voir construire construire à l'horizon 2022 un nouvel aéroport à environ 60 km de Freetown. Lequel devait devait remplacer l'aéroport de Lungi, situé dans un estuaire du fleuve Sierra Leone, difficile d'accès à partir de la capitale. 
 
Le président sortant prévoyait également le financement par la Chine d'une autoroute à péage, via un prêt chinois auprès de l'entreprise de construction, remboursable sur 25 ans par les recettes prélevées sur les péages.

La Chine, premier partenaire commercial de l'Afrique, investit annuellement sur le continent plusieurs milliards de dollars depuis 2015 dans des routes, chemins de fer, ports ou parcs industriels. En Afrique de l'Est, par exemple, l'Ouganda a reçu plus de 40 % d'investissements directs chinois en 2017. Exim Bank of China a notamment financé l'usine hydroélectrique de Karuma, d'un coût de 1,7 milliard de dollars (1,477 milliard d'euros), à hauteur de 85% contre 15% côté sierra-léonais.

Le portefeuille chinois ne se réduira pas
Ces investissements chinois expliquent en grande partie l'endettement des pays africains, lesquels saluent les généreux prêts venus de Pékin. «La Sierra Leone n'a pas tant d'options de financement externes que cela», souligne Michael Kottoh, consultant pour les multinationales chez Konfidants. «Le contenu du portefeuille chinois du pays changera, mais le portefeuille lui-même ne se réduira pas significativement, il pourrait même augmenter à long terme en taille et en valeur».

A propos des «Nouvelles routes de la soie», titanesque programme lancé par XI Jinping pour relier son pays à ses partenaires commerciaux, le Trésor français met en garde, dans une récente note, contre le risque de «dérives d'endettement insoutenables» et insiste sur la nécessité pour tous les acteurs de respecter les principes de «financement soutenable» adoptés en 2017 par le G20. Le ministère français de l'Economie et des Finances souligne: «Compte tenu des niveaux croissants d'endettement dans de nombreux pays à faible revenu, notamment en Afrique, et de vulnérabilités importantes en matière de mobilisation des ressources domestiques». 

Routes et ponts chinois pour réduire les inégalités
Selon une étude de l'université américaine de William & Mary, publiée en septembre 2018 et de son partenaire AidData, les projets chinois de routes et de ponts dans les pays pauvres réduisent les inégalités géographiques et favorisent l'activité économique.

Mais, avant d’être un investisseur massif, la Chine fournit surtout des marchandises et des services à l'Afrique, relève Emmanuel Véron, de l'Institut national des langues et civilisations orientales, dans The Conversation

En marge du 7e Forum sur la coopération sino-africaine (Focac) à Pékin début septembre, le président Bio a évoqué avec une entreprise chinoise la construction d'un pont reliant Lungi à Freetown, une alternative d'un coût estimé à plus d'un milliard de dollars. Soit deux à trois fois celui d'un nouvel aéroport.

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