Sierra Leone : les auteurs de viol risquent désormais la prison à vie

Derrière les barreaux de la prison de Mafanta à Magburaka (nord de la Sierra Leone), le 10 octobre 2018.
Derrière les barreaux de la prison de Mafanta à Magburaka (nord de la Sierra Leone), le 10 octobre 2018. (SAIDU BAH / AFP)

Les députés sierra-léonais ont durci la législation existante contre les auteurs de viol en leur infligeant des peines allant de 15 ans à la perpétuité. Le texte, adopté le 19 septembre 2019, doit à présent être promulgué par le président Bio.

En Sierra Leone, non seulement les victimes de viol sont des femmes et des jeunes filles, mais aussi des enfants et même des bébés. En 2018, la police sierra-léonaise a dénombré plus de 8500 cas de violences sexuelles, soit le double de l'année précédente, pour une population d'environ 7,5 millions d'habitants. Selon l'ONG spécialisée Rainbo Initiative, 75% des victimes sont des mineures de moins de 15 ans.

Pour les huit premiers mois de 2019, l'association, qui appelle chaque Sierra-Léonais à combattre le fléau du viol dans le pays, a recensé plus de 1050 cas, uniquement dans les cinq centres qu'elle anime.

La fréquence des violences sexuelles est telle dans ce pays pauvre d'Afrique de l'Ouest, voisin de la Guinée et du Liberia (où la situation est similaire), que les militants parlent d'une "culture du viol". Durant les années de guerre civile (1991-2002), le viol était utilisé comme une arme. Cette pratique, largement répandue dans les conflits du monde, bénéficie de surcroît d'une large impunité, selon une enquête publiée en 2017 aux éditions Autrement.

La peine maximale pour ces crimes était de 15 ans jusqu'à présent

Afin de tenter d'enrayer le phénomène qui s'est enraciné, les députés sierra-léonais ont approuvé un texte durcissant la législation existante et infligeant aux auteurs de viol des condamnations allant de 15 ans à la prison à vie dans les cas les plus graves. Les agressions de nourrissons entrent dans cette dernière catégorie. Ces crimes étaient jusqu'alors punis de 5 à 15 ans de prison. Le texte doit à présent être promulgué par le président. "Nous faisons des lois pour la postérité", a déclaré l'un des chefs de la majorité parlementaire, Matthew Nyuma.

En février 2019, le président Julius Maada Bio avait devancé le Parlement en décrétant une "urgence nationale", après l'augmentation du nombre de cas de violences sexuelles annoncée par la police. En juin, les députés ont révoqué cet état d'urgence supposé manifester la détermination de l'Etat, mais difficilement applicable et par ailleurs critiqué comme dissimulant un subterfuge pour museler l'opposition politique. En revanche, tous sont tombés d'accord sur le fait que les
lois de 2012 étaient apparues comme largement insuffisantes.

Chaque mois, des dizaines de jeunes femmes tombent enceintes à la suite d'un viol et certaines contractent le virus du sida, dit Rainbo Initiative. L'ONG décrit une société dominée par les hommes et des violences "systémiques" infligées aux femmes et aux filles. Le nombre d'affaires débouchant sur des condamnations est notoirement dérisoire, en raison de la pression sociale, de l'absence de moyens scientifiques pour établir les preuves ou du coût des procédures pour les plaignants, disent les militants.

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