Les chefs religieux et traditionnels invités à lutter contre l’excision et les mariages d’enfants en Afrique

Monika Cheptilak, une ancienne exciseuse qui a cessé de pratiquer après l\'adoption de la loi du pays anti-mutilations génitales féminines en 2010, montre un outil fait maison fabriqué à partir d\'un clou, lors de la réunion du groupe de femmes anti-MGF dans le village d\'Alakas, au nord-est de l\'Ouganda, le 31 janvier 2018.
Monika Cheptilak, une ancienne exciseuse qui a cessé de pratiquer après l'adoption de la loi du pays anti-mutilations génitales féminines en 2010, montre un outil fait maison fabriqué à partir d'un clou, lors de la réunion du groupe de femmes anti-MGF dans le village d'Alakas, au nord-est de l'Ouganda, le 31 janvier 2018. (YASUYOSHI CHIBA / AFP)

Un premier sommet africain sur l’excision et les mariages d’enfants révèle que des pays tels la Somalie, la Guinée, Djibouti et le Mali continuent de résister à l’éradication de ces deux fléaux du continent.

Les jeunes filles et les chefs religieux doivent jouer un rôle central pour l'élimination des mutilations génitales féminines (MGF) et des mariages précoces, qui touchent des millions d'enfants en Afrique. Telle est une des conclusions du colloque international de trois jours ouvert le 16 juin 2019 à Dakar par Aminata Touré, présidente du conseil économique, social et environnemental sénégalais.

Les chefs religieux ou traditionnels sont invités à "renforcer le dialogue au sein de leurs communautés religieuses pour remettre en cause les idées reçues de longue date selon lesquelles les mariages d'enfants et les MGF sont des pratiques acceptables", indique la déclaration finale adoptée le 18 juin à l'issue de ce "premier sommet africain" organisé par le Sénégal, la Gambie et l'ONG Safe Hands for Girls.

"Une atteinte physique à l'intégrité des femmes"

Les mutilations génitales, pratiquées en général avant sept ans, "constituent un danger et une atteinte à l'intégrité physique des femmes", a déclaré à l'AFP l'imam sénégalais Abdou Aziz Kane, en marge de cette conférence ayant rassemblé quelque 500 membres d'ONG, d'associations de victimes et responsables gouvernementaux d'une dizaine de pays et d'institutions internationales comme la Banque mondiale. "Les prêcheurs doivent élever leurs voix pour sensibiliser à ces problèmes", a ajouté ce membre de l'Association nationale des imams et oulémas du Sénégal.

Lors des discours de clôture, le numéro deux de la mosquée Al-Azhar, institution de l'islam sunnite qui siège au Caire, a prononcé une fatwa (décret religieux) interdisant les mariages d'enfants, jugeant que "l'âge minimum de maturité" pour les jeunes filles était de 18 ans.

Des poches de grande résistance persistent

"Les croyances restent un gros problème sur le terrain, parce que les gens pensent que ces pratiques sont des obligations religieuses", a relevé la coordonnatrice en Gambie de Safe Hands for Girls, Lisa Camara, en espérant que ce sommet aura permis de "faire avancer la cause".

Plus de 200 millions de femmes continuent de subir les effets de mutilations génitales dans le monde, notamment en Afrique, et quelque 50 millions de jeunes filles risquent d'en être victimes d'ici à 2030, selon un rapport de l'Unicef de 2016.
Même si la tendance est à la baisse dans plusieurs pays, des "poches de grande résistance" persistent, notamment en Somalie, en Guinée, à Djibouti et au Mali, selon les organisateurs.

Les mutilations génitales féminines freinent également le développement des pays en "entraînant des taux élevés de mortalité maternelle" liés aux complications engendrées par les MGF, souligne la résolution.

En Afrique, 39% des filles sont par ailleurs mariées avant leur 18e anniversaire et 13% avant leur 15e, indique par ailleurs l'Unicef.

Les participants ont également appelé les Etats à "renforcer la promotion de l'égalité des sexes et l'autonomisation des filles, afin qu'elles puissent profiter de leur enfance".

"Les filles, en particulier les survivantes de mariage précoce, doivent être à l'avant-garde de la lutte", recommandent les signataires. Il faut les placer "au cœur du débat sur les changements sociaux" et s'attaquer aux questions d'éducation, de santé et de pauvreté, en évitant les "approches universelles" ne prenant pas en compte des situations "complexes et variables", ont-ils estimé.

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