La Casamance en attente de paix

Le président sénégalais Abdoulaye Wade en tournée électorale en Casamance le 12 février 2012
Le président sénégalais Abdoulaye Wade en tournée électorale en Casamance le 12 février 2012 (AFP PHOTO / SEYLLOU)

La Casamance, région agricole et touristique du Sénégal, en partie enclavée entre la Gambie, au nord, et la Guinée-Bissau, au sud, est en proie depuis trente ans à une rébellion armée. Le Mouvement des Forces démocratiques de Casamance (MFDC), divisé en plusieurs factions rebelles, réclame, depuis 1982, l’indépendance de cette région dotée d'immenses ressources naturelles et de forêts luxuriantes.

Des accrochages sporadiques avec les forces gouvernementales ont fait des centaines voire des milliers de morts, tant militaires que civils, entre 1980 et 2005. En dépit d'un accord de paix signé en 2004 entre le gouvernement et le MFDC, des affrontements surviennent régulièrement dans cette région dont le développement souffre gravement de cette situation de conflit larvé.

La Casamance est en grande majorité musulmane et de religion traditionnelle, mais certains villages sont catholiques. Le peuple Diola est l'ethnie majoritaire.

Les séparatistes affirment que leur région, ancien grenier à céréales du pays et ex-grand pourvoyeur de devises grâce à son potentiel touristique, est marginalisée par le pouvoir central. Mais le tourisme, une des principales activités, souffre surtout de la situation d'insécurité dans la région.

Le conflit mine le Sénégal depuis 30 ans
Le MFDC dénonce la "confiscation des terres des autochtones au profit de populations du nord du Sénégal et d'hôteliers, les brimades de l'administration sénégalaise et le mépris culturel" contre les Casamançais.

Le gouvernement central de Dakar se dit prêt à négocier avec les séparatistes du MFDC, mais ce dernier est une nébuleuse de factions, ce qui complique le processus. Les dernières négociations entre le gouvernement et les rebelles indépendantistes remontent à février 2005, un peu plus d'un an après la signature d'un accord de paix en décembre 2004 présenté comme "historique".

La population souffre
Plus de 7.400 réfugiés sénégalais ayant fui les violences en Casamance ont été recensés par le Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) en Guinée-Bissau, près de 8.000 en Gambie. Les déplacés à Ziguinchor, ville principale de Casamance, sont, eux, estimés à entre 20.000 et 30.000.

Les mines antipersonnel, qui ont officiellement fait 776 victimes depuis le début du conflit, empêchent les agriculteurs d'aller dans les rizières et vergers de cette région dotée de fortes potentialités. Un travail de déminage a commencé en 2008 mais il reste encore beaucoup à faire. Il a toutefois déjà permis à des populations de retourner dans leurs villages déminés par Handicap International.


Handicap International : Déminage en Casamance


Volonté de conciliation dans les deux camps
Au cours de l'année 2011, une série d’incidents suivis d’un regain de violences a entraîné la mort d’au moins dix-neuf soldats sénégalais et de 15 présumés rebelles du MFDC, un des bilans les plus lourds de ces dernières années.

Cependant le président sénégalais Abdoulaye Wade, au pouvoir depuis dix ans, a affirmé que le gouvernement demeurait "disposé au dialogue" avec le MFDC. Il a appelé les rebelles de Casamance "à rejoindre les chemins de la paix, de l'unité et de la concorde nationales", à l'occasion du 51e anniversaire de l'indépendance de son pays, célébré en avril 2011.

De son coté, une tendance de la rébellion de Casamance, considérée comme la plus radicale, est prête à accepter une médiation "si le Sénégal fait preuve de sincérité tout en acceptant que les négociations se fassent en terrain neutre hors d'Afrique". Une médiation qui serait menée, avec l'accord des deux partis, sous l'égide de la communauté catholique Sant'Egidio, proche du Vatican.

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