Sécheresse : l'appel à l'aide de la Corne de l’Afrique

(Radio France ©ACF/Christina Lionnet)

120 millions de dollars pour la Corne de l'Afrique. C'est ce que réclame la FAO (Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture), qui se réunit d'urgence aujourd'hui à Rome pour tenter de lever des fonds. Bruxelles, Londres, Washington et Paris ont d'ores et déjà débloqué quelque 200 millions d’euros. Il s’agit maintenant de savoir quoi en faire. _ Conséquence d'une sécheresse sans précédent depuis des décennies, les Nations Unies estiment à 12 millions le nombre de personnes directement touchées par le manque d’eau et de nourriture et à des dizaines de milliers celles qui sont déjà mortes en Somalie, en Ethiopie, à Djibouti ou encore au Kenya. Le Kenya, où 4 millions de personnes sont aujourd'hui menacées.

A Malkadaka, la terre rouge du kenya est devenue poussière. La végétation a brûlé. Plus de feuilles sur les arbres, plus de fruits ni de légumes. Et les animaux de ce village d’éleveurs meurent les uns après les autres. De 100 têtes, le cheptel est passé à 10 en quelques semaines. Ibrahim Boru, le chef de la communauté, nous montre la dernière vache qui est morte, pas encore enterrée. "Quand j’étais enfant, on avait beaucoup de bêtes. On avait juste besoin d’acheter des feuilles de thé et du sucre. Le lait et la viande venaient de nos animaux. La pluie arrivait à temps et il y avait beaucoup d’herbe qui nourrissait notre bétail. Tout était vert ici et feuillu. A cette époque, nous ne savions pas ce qu’était la faim ", raconte le vieil homme.

Une sécheresse de cette ampleur, il dit n’en avoir jamais connu. Aujourd’hui, son village survit grâce à l’aide du Programme alimentaire mondial : 5 kilos de maïs par jour et par famille. Une ration qui ne suffit pas à éviter la malnutrition et la faim. " On mange une fois par jour parce que l’aide du gouvernement ou des ONG ne nous permet pas de prendre trois repas. On a vu nos animaux mourir, on s’est habitué, mais maintenant on a peur que nos enfants meurent et nos femmes enceintes aussi."

Un homme arrive avec sa chèvre famélique. "Regardez, c’est le genre d’animal qu’il nous reste…invendable!", dit il. "Avant, explique t-il, on vivait de nos bêtes. Mais maintenant, on ne peut plus les vendre, plus acheter de thé ni de sucre. Ici, cela doit faire un an qu’on n’a pas bu de thé. On a besoin de votre aide ", implore ce jeune éleveur.
_ Le chef du village murmure. Il ne reste qu’une chose à faire : prier. Prier pour que la pluie arrive.

Delphine Gotchaux,
_ envoyée spéciale de France Info dans le nord du Kenya.