Le Rwanda veut agrandir l'habitat des gorilles de montagne devenus trop nombreux

Dans le Parc national des Volcans, les gorilles rwandais se retrouvent à l'étroit en raison d'une surpopulation qui menace leur habitat et celui des humains.

Plus d'un millier de gorilles de montagne vivent dans le Parc national des Volcans, au Rwanda. Leur conservation et l'augmentation de leur nombre sont de véritables succès pour cet animal en voie d’extinction il y a encore peu. Mais aujourd'hui, cette résurgence n'est pas sans conséquences, car ces grands animaux sont désormais obligés de lutter pour prospérer dans un espace devenu trop étroit pour eux.

Particulièrement impliqué dans leur protection, le Rwanda prévoit d’agrandir leur espace vital. Pour cela, il s'est engagé à encadrer très strictement l’activité touristique qu’ils génèrent mais aussi à indemniser et reloger leurs voisins humains.

Douze photos de Simon Maina accompagnent ce reportage de l'AFP réalisé au sein du parc en octobre 2021.

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Le Rwanda partage avec l'Ouganda et la République démocratique du Congo le célèbre massif des Virunga. Située au cœur de la région densément peuplée des Grands Lacs, cette chaîne de huit majestueux volcans est aussi, avec la forêt ougandaise de Bwindi, le seul habitat au monde des gorilles de montagne.    SIMON MAINA / AFP
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Le parc national des Volcans à Kinigi, au Rwanda, est un sanctuaire pour ces grands singes qui peuvent peser jusqu'à 200 kilos. Mais aujourd’hui, ces derniers y sont à l’étroit car leur a population a fortement augmenté.    SIMON MAINA / AFP
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Ce problème de densité est bien plus prégnant au Rwanda où, en raison de la pression démographique, la surface du parc a été grignotée de moitié au XXe siècle. Une seule famille de gorilles vit dans la partie ougandaise des Virunga, et le parc est "immense" côté congolais, note un responsable du Programme international de protection des gorilles, une organisation régionale.   SIMON MAINA / AFP
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"Lors du recensement de 2010, il y avait 880 gorilles de montagne. En 2015, un autre recensement a montré qu'il y en avait 1063" au total, explique à l'AFP le ranger Felicien Ntezimana.    SIMON MAINA / AFP
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Ce primate à la superbe fourrure sombre, épaisse et brillante est depuis 2018 considéré comme "en danger" et non plus "en danger critique" d'extinction, comme le sont tous les autres grands singes.        SIMON MAINA / AFP
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Dans les années 1980, lorsque la célèbre primatologue américaine Dian Fossey fut assassinée ici, le massif des Virunga n'en comptait plus que 250, après des décennies d'un impitoyable braconnage. Depuis, leur nombre a quadruplé, notamment grâce à une sécurité renforcée et à l'implication des communautés.    SIMON MAINA / AFP
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"Détestés" par le passé, les primates sont aujourd'hui surnommés "ceux qui apportent le lait", explique un villageois. 10% des revenus du tourisme – soit 25 millions de dollars avant le Covid – reviennent aux habitants sous forme de projets et 5% via un fonds de compensation. "Les touristes dépensent de l'argent pour eux et cet argent nous revient sous forme de nourriture, de logements et de bonnes conditions de vie", dit Jean-Baptiste Ndeze, le mwami de la chefferie de Bwisha proche du parc national des Virunga, en République démocratique du Congo, aux frontières du Rwanda et de l'Ouganda.    SIMON MAINA / AFP
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Mais cette résurrection spectaculaire n'est pas sans conséquences. Une vingtaine de familles connues et surveillées par les autorités rwandaises – contre six il y vingt-cinq ans –, vivent au bord du parc. Ces primates habitués aux humains n’hésitent plus à s'aventurer parfois en dehors de leur territoire, chercher de la nourriture chez leurs voisins humains. Un danger pour ces animaux car malgré leur force herculéenne, ils restent vulnérables aux maladies humaines, comme la grippe, la pneumonie ou même Ebola.      SIMON MAINA / AFP
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De plus, les interactions entre ces différentes familles de primates peuvent déclencher des combats, au cours desquels les bébés courent de grands risques.    SIMON MAINA / AFP
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Le Fonds Dian Fossey, organisme de bienfaisance pour la protection des gorilles de montagne qui s'inquiétait de voir la croissance de la population ralentir, a mené il y a dix ans une étude sur une zone spécifique du parc : elle a notamment conclu à une multiplication par cinq du nombre d'"infanticides". "Les infanticides sont un grand problème car ils ont un immense impact à la baisse sur la progression de la population", déplore Felix Ndagijimana, directeur de la fondation au Rwanda.    SIMON MAINA / AFP
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Le Rwanda a décidé d'étendre de 23% la surface de son parc d'ici cinq à dix ans. Un projet ambitieux, qui doit démarrer en 2022 et nécessitera de restaurer la forêt mais aussi de déplacer 4000 familles d'agriculteurs. "C'est un processus que nous menons de manière très très prudente", insiste Prosper Uwingeli, le directeur du parc, soulignant que des études de faisabilité sont en cours ainsi qu'une cartographie précise des familles concernées.      SIMON MAINA / AFP
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Pour cela, Kigali prévoit des indemnisations mais aussi la construction de "villages modèles", dont un prototype est déjà sorti de terre à Musanze. Dans ce pays où le régime est salué pour ses projets de développement mais aussi critiqué pour son autoritarisme, les responsables affirment que l'extension est une "responsabilité" envers les singes et une "opportunité" pour les humains. Les gorilles "ne sont pas un problème", déclare un producteur de pommes de terre. Mais "cet endroit est très fertile, il m'a permis de nourrir ma famille", ajoute-t-il. "Là où ils veulent nous relocaliser, le sol n'est pas aussi fertile. Donc l'argent qu'ils nous donneront doit être significatif pour notre subsistance."    SIMON MAINA / AFP
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