VIDEO. Génocide au Rwanda : "On peut faire tous les reproches qu'on veut à la France sauf celui de complicité", défend Hubert Védrine

FRANCE INTER / RADIO FRANCE

L'ancien secrétaire général de l'Elysée salue la création d'une commission d'experts qui va examiner les archives françaises. Il qualifie de "complotiste" les thèses qui font de la France "l'ami d'un régime génocidaire".

Invité de France Inter mercredi 10 avril, Hubert Védrine balaie "les accusations qui sont reprises en boucle depuis 2008" sur le rôle de la France dans le génocide au Rwanda en 1994. L'ancien ministre des Affaires étrangères (1997-2002), qui était secrétaire général de l'Elysée auprès de François Mitterrand au moment du génocide, salue la décision du président Macron de confier à une commission de chercheurs  l'examen des archives de la France entre 1990 et 1994. "Je n'ai aucun problème sur les archives, et les principaux chefs militaires de l'époque à qui on donne enfin la parole disent qu'il n'y a aucun problème pour eux par rapport aux archives. (...) Je pars de l'idée que cette commission fera de son mieux." 

Les zones d'ombres sur le rôle de la France avant, pendant et après ce génocide - qui fit au moins 800 000 morts entre avril et juillet 1994 selon l'ONU, essentiellement au sein de la minorité tutsi mais aussi parmi les Hutus modérés - restent une source récurrente de polémique en France. Parmi les points les plus disputés: l'ampleur de l'assistance militaire apportée par la France au régime du président rwandais hutu Juvénal Habyarimana de 1990 à 1994 ou les circonstances de l'attentat qui coûta la vie à ce même président le 6 avril 1994 et déclencha le génocide.

"La France est un pompier qui a échoué"

Selon Hubert Védrine, "la France est le seul pays au monde qui a compris dès 1990 que les attaques du FPR [Front patriotique rwandais, à majorité tutsi] allaient déclencher une guerre civile. Mais personne n'imaginait que cela prendrait les proportions du génocide. (...) Ce qui s'est passé est atroce. La France est le seul pays qui a tenté. C'est un pompier qui a échoué. On peut faire tous les reproches qu'on veut sauf celui de complicité."

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"Je vous conseille de faire parler les experts belges, canadiens, les gens de la BBC qui ont enquêté sur le sujet il y a trois ans, les juges espagnols (…) Tous ensemble, leur point commun, c'est qu'ils ne reprennent jamais les accusations qui sont maintenant dominantes dans les médias français", a poursuivi l'ancien ministre socialiste.

"Accusation monstrueuse"

"Si la France avait été comme le disent certains complotistes l'ami d'un régime génocidaire, elle n'aurait pas attendu des semaines pour avoir l'accord des Nations unies pour y aller. Elle aurait envoyé une force tout de suite, dans la semaine." Les massacres ont commencé dès le 6 avril 1994, et la France a obtenu le feu vert de l'ONU le 22 juin pour une opération militaire à but humanitaire baptisée Turquoise.

Sur France Inter, lundi, Annie Faure, militante socialiste et membre de Médecins du monde au Rwanda durant le génocide, a affirmé qu'Hubert Védrine, en tant que secrétaire général de l'Elysée en 1994, avait "accepté ou fermé les yeux sur la livraison d'armes et la protection des génocidaires rwandais". Hubert Védrine se dit "extrêmement choqué" par ce qu'il qualifie "d'assertions diffamatoires" et d'accusations "insensées" et "monstrueuses" "qui ne reposent sur rien".

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