Génocide rwandais : il y a "sans aucun doute" encore plusieurs génocidaires qui "se cachent" en France

La flamme du souvenir à l\'occasion de la commémoration du génocide de 1994 au mémorial de Kigali, au Rwanda.
La flamme du souvenir à l'occasion de la commémoration du génocide de 1994 au mémorial de Kigali, au Rwanda. (YASUYOSHI CHIBA / AFP)

"La justice nous paraît un chemin obligatoire pour reconstruire le Rwanda", explique Alain Gauthier, qui recherche les génocidaires réfugiés en France.

Alors que le Rwanda commence dimanche 7 avril 2019 ses commémorations du génocide des Tutsis en 1994, Alain Gauthier du collectif des parties civiles pour le Rwanda, qui recherche les génocidaires réfugiés en France, rappelle que pour l'instant seulement trois ont été jugés, qu'il y en a "sans aucun doute" encore plusieurs mais que beaucoup "se cachent", "se font petits".

franceinfo : Pourquoi vous êtes-vous donné cette mission ?

Alain Gauthier : Tout simplement pour redonner aux victimes et aux rescapés l'honneur qu'ils ont perdu dans ces massacres. Ma belle-famille a été décimée, comme la plupart des familles Tutsis du Rwanda, mais je dois vous avouer que ce n'est pas du tout pour retrouver les tueurs des nôtres que nous avons décidé de nous engager, c'est beaucoup plus large. En 2001, nous avons assisté au procès de quatre génocidaires du sud du Rwanda d'où mon épouse était originaire. Ce procès s'est déroulé à Bruxelles et, à la fin du procès, les responsables du collectif qui avait initié cette affaire en justice nous ont demandé "et vous, qu'est-ce que vous faites en France ?". Alors, nous avons décidé avec des amis de créer le collectif des parties civiles pour le Rwanda.

Comment faîtes-vous pour retrouver les génocidaires ?

Dès que nous apprenons la présence d'une personne qui serait susceptible d'avoir participé au génocide, nous nous sommes donné comme mission de venir au Rwanda sur les lieux des crimes et de venir chercher des témoins, ce sont des rescapés ou ce sont des tueurs, qu'on rencontre soit en liberté quand ils ont purgé leur peine, soit en prison. Mais des témoins ne veulent pas ou ne veulent plus témoigner, même parfois lorsqu'ils sont rescapés. Souvent parce qu'ils voient que la justice n'avance pas très vite. On se retrouve maintenant devant des cas de familles de rescapés qui ne peuvent pas parler parce qu'elles doivent leur subsistance à la famille de ceux qu'on veut poursuivre en justice. Ça paraît aberrant mais certains rescapés vivent dans une telle misère - et c'est aussi pour les faire taire - que les familles des tueurs leur viennent en aide financièrement. Ce qui veut dire que lorsque nous les contactons, évidemment, elles ne peuvent pas parler.

Le président Emmanuel Macron a annoncé vendredi que les moyens pour retrouver les génocidaires, dont les effectifs de police judiciaire, seront renforcés. Est-ce une bonne nouvelle ?

Oui, c'est une bonne nouvelle. On nous a annoncé aussi la création d'une commission qui sera chargée de dépouiller toutes les archives. Tout ce qui peut permettre de faire accélérer la justice, nous le considérons positivement, maintenant, vous savez, 25 ans sont déjà passés et en France seules trois personnes ont été jugées. Donc, nous attendons de voir.

Y a-t-il encore beaucoup de génocidaires impunis qui sont réfugiés en France ?

Oui, sans aucun doute. Pour l'instant, il y a eu à peu près 30 plaintes, et puis il y en a beaucoup d'autres qui se cachent, qui se font petits maintenant. Depuis la dernière condamnation de deux bourgmestres l'année dernière à la réclusion criminelle à perpétuité, les personnes qui ont quelque chose à se reprocher ont plutôt tendance à faire profil bas. Mais, si on peut trouver des témoignages, nous ne manquerons pas de le faire. Non pas par esprit de vengeance parce que ça c'est quelque chose qui ne nous habite pas, ni par haine, mais tout simplement parce que la justice nous paraît un chemin obligatoire pour reconstruire le Rwanda.

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