Génocide au Rwanda : un nouveau témoignage d'un ex-militaire conteste le caractère purement humanitaire de l'opération "Turquoise"

Des militaires français dans un camp de réfugiés hutus dans le cadre de l\'opération \"Turquoise\", le 3 juillet 1994, près de Butare, au Rwanda.
Des militaires français dans un camp de réfugiés hutus dans le cadre de l'opération "Turquoise", le 3 juillet 1994, près de Butare, au Rwanda. (HOCINE ZAOURAR / AFP)

Dans le journal "La Croix", ce militaire de l'armée de l'air vient appuyer le témoignage de Guillaume Ancel. Ce dernier affirme dans un livre que l'armée française avait pour but en 1994 d'"empêcher la victoire de ceux qui combattaient les génocidaires".

Un nouveau témoignage qui jette le trouble sur l'attitude de la France face au génocide au Rwanda. Un ex-aviateur français, ayant pris part à l'opération "Turquoise" en juin 1994, conteste dans le journal La Croix le caractère strictement humanitaire de l'opération dès le départ. Ce soldat, qui a souhaité garder l'anonymat, affirme que les militaires français étaient préparés à "frapper" les troupes du Front patriotique rwandais (FPR).

Il s'agit du deuxième militaire français ayant participé à l'opération militaro-humanitaire "Turquoise" (lancée le 22 juin 1994 sous mandat de l'ONU pour tenter de mettre fin aux massacres) à relancer ce débat récemment, après la parution du livre Rwanda, la fin du silencede l'ex-officier Guillaume Ancel.

Le président rwandais Paul Kagame, qui a pris le pouvoir à Kigali quelques jours avant la fin du génocide (perpétré d'avril à juillet 1994), accuse les autorités françaises d'avoir soutenu le pouvoir hutu et d'avoir été ainsi un acteur des tueries qui ont fait, selon l'ONU, quelque 800 000 morts, essentiellement parmi la minorité tutsi. Paris a toujours démenti toute implication dans les massacres.

"Nous étions là pour faire la guerre"

Guillaume Ancel assure que les troupes envoyées par Paris avaient pour mission de "stopper le FPR, donc empêcher la victoire de ceux qui combattaient les génocidaires". Une affirmation appuyée par l'ex-aviateur français dans La Croix : "Il [Ancel] n'est pas un affabulateur pour ce que j'ai vu de 'Turquoise'. C'est pourquoi il m'est apparu juste d'apporter mon témoignage." Interrogé pour savoir s'il y avait eu, à sa connaissance, une directive pour intervenir sur Kigali, il répond : "Non. Mais pour nous, nous étions là pour faire la guerre. Nous étions sur le point de frapper les rebelles [troupes du FPR]."

Réagissant dans La Croix, le général français Jean-Claude Lafourcade, ancien commandant de "Turquoise", qualifie "d'ineptie" ce nouveau témoignage et celui de Guillaume Ancel. Il affirme que ce dernier "ne s'appuie que sur ses propres déclarations, non sur des documents, des ordres, des preuves matériellesNous ne nous sommes pas engagés en juin dans l'optique de stopper le FPR et de rétablir le gouvernement provisoire à Kigali, comme il l'affirme. La bascule entre la mission offensive et la mission humanitaire qui aurait eu lieu sur ordre de l'Elysée, le 1er juillet, n'existe que dans son imagination."