RDC : une firme russe obtient le marché du rail congolais

Roues de train abandonnées près d\'une voie de chemin de fer en République démocratique du Congo (31 mai 2015) 
Roues de train abandonnées près d'une voie de chemin de fer en République démocratique du Congo (31 mai 2015)  (FEDERICO SCOPPA / AFP)

Cet immense pays d'Afrique subsaharienne est dépourvu d'infrastructures en bon état, notamment en matière de transport.

Une firme russe a signé un protocole d'accord avec les autorités congolaises pour la réhabilitation et l'extension du réseau ferroviaire vétuste de la République démocratique du Congo, a-t-on appris le 25 octobre 2019 auprès de la Société russe des chemins de fer RJD. "Le 23 octobre, un protocole d'accord sur la coopération a été signé dans le cadre du forum économique Russie-Afrique à Sotchi entre le premier adjoint au PDG de la Société russe des chemins de fer, Alexandre Micharine, et le ministre des Transports et des Communications de la RDC Didier Mazengu Mukanzu", a indiqué la RJD dans un communiqué publié sur son site.

L'accord porte notamment sur "la modernisation et la construction de lignes ferroviaires en République démocratique du Congo et (le développement de) projets en matière de logistique ferroviaire, de transport de marchandises et de voyageurs, ainsi que dans la formation de personnels congolais dans des universités russes spécialisées". Les autorités congolaises ont confirmé la signature de ce protocole d'accord, précisant que le projet est d'un "montant de 500 millions de dollars"

Sur son compte twitter, Kasongo Mwema, porte-parole du président congolais Félix Tshisekedi, a annoncé que le protocole vise notamment à "la construction de voies" et à "l'installation d'une usine de montage" de locomotives en RDC. Il a également précisé qu'une délégation russe devrait se rendre à Kinshasa, la capitale de la RDC, le 10 novembre.

La RDC, un immense pays aux infrastructures de transport défaillantes

Les infrastructures de transport de RDC se trouvent dans un état "désastreux". Immense pays de 2,3 millions de km², la RDC ne compte que très peu de routes praticables. Son réseau de chemin de fer, long de 5000 km, a été construit à l'époque coloniale. Ce réseau, éclaté en quatre zones non interconnectées, est aujourd'hui défectueux, causant de nombreux déraillements meurtriers.

Un déraillement a provoqué la mort d\'une centaine de personnes en août 2007 à Ndenga Mongo (centre de la RDC).
Un déraillement a provoqué la mort d'une centaine de personnes en août 2007 à Ndenga Mongo (centre de la RDC). (LIONEL HEALING/AP/SIPA / AP)
En 2015, le pays avait acquis 18 locomotives, financées par la Banque mondiale, pour la Société nationale des chemins de fer du Congo (SNCC), alors que la réhabilitation des voies reste un immense chantier. En 2015, RFI signalait que les employés de la compagnie avaient "38 mois d'arriérés de salaire". "Comme toutes les entreprises publiques, la SNCC est au bord de la faillite", rapporte de son côté Le Monde.

Homme d'affaires proche du Kremlin

Le président Félix Tshisekedi a participé les 16 et 17 octobre au premier sommet Russie-Afrique de Sotchi aux côtés de 42 autres dirigeants et plus de 3000 participants. Il a souhaité que les échanges de Sotchi aboutissent à la "promotion d'un partenariat Russie-Afrique mutuellement avantageux" avec, entre autres, "la modernisation des infrastructures" côté africain.

Selon des médias russes, le gouvernement de RDC tout comme ceux du Niger et de la Guinée ont conclu des accords avec une agence fondée par un homme d'affaires russe lié au Kremlin, Konstantin Malofeev. Ce dernier, accusé en Occident d'avoir financé les séparatistes prorusses en Ukraine et visé pour cette raison par des sanctions américaines et de l'UE, conseillera les trois pays sur les moyens de réunir plus de 2,5 milliards de dollars. Objectifs : la construction d'un oléoduc au Niger et la construction de chemins de fer et de routes en Guinée et en RDC.

Konstantin Malofeev à Saint-Pétersbourg le 7 juin 2019
Konstantin Malofeev à Saint-Pétersbourg le 7 juin 2019 (AFP - ILIYA PITALEV / SPUTNIK)
Créée en 2019, l'agence de Konstantin Malofeev, l'Agence internationale pour le développement souverain (ISDA), disposait d'un énorme stand en marge du sommet Russie-Afrique. Dans un "contenu sponsorisé" publié dans Jeune Afrique, son dirigeant explique que "la dépendance vis-à-vis des institutions financières et des multinationales est une forme économique de colonisation de l'Afrique". "La mission de l’agence consiste à améliorer la qualité de la croissance économique et à accroître le bien-être national des pays où nous sommes présents en consolidant leur souveraineté", précise la même source. Cité par Jeune Afrique, Konstantin Malofeïev dit vouloir aider le continent "à sortir de sa dépendance vis-à-vis de l'Occident".

"L'ISDA entrera ainsi dans la compétition avec les organismes américains, européens, japonais et chinois d'accompagnement du développement en Afrique", rappelle le site Ecofin. Son objectif affiché étant de "permettre un développement (du continent) avec un coût d'endettement nettement plus réduit". Un objectif très politique à l'heure où la Russie tente de reprendre pied en Afrique...

Vous êtes à nouveau en ligne