RDC : dix ans après l’assassinat de Floribert Chebeya, les Congolais réclament toujours justice

Un homme, arborant un T-shirt avec les portraits des défenseurs des droits de l\'Homme Floribert Chebeya et Fidele Bazane, assiste au procès des policiers accusés du meurtre à Kinshasa, le 30 avril 2013.
Un homme, arborant un T-shirt avec les portraits des défenseurs des droits de l'Homme Floribert Chebeya et Fidele Bazane, assiste au procès des policiers accusés du meurtre à Kinshasa, le 30 avril 2013. (AFP PHOTO / JUNIOR D. KANNAH)

Le 2 juin 2010, le directeur de l’ONG La Voix des sans voix, Floribert Chebeya, et son chauffeur, Fidèle Bazana, étaient assassinés dans les locaux de l’inspection générale de la police. La société civile congolaise ne les a pas oubliés.

Des ONG ont appelé le 1er juin le président de la RDC Félix Tshisekedi à démettre de ses fonctions l'inspecteur général des armées, le général John Numbi, qu'elles considèrent comme "suspect numéro un" dans la mort de Floribert Chebeya et celle de Fidèle Bazana. Il y a tout juste dix ans en RDC, Floribert Chebeya, fondateur de l'ONG de défense des droits de l'Homme La Voix des sans voix, était retrouvé mort dans sa voiture, ses poignets portant des marques de menottes. Le corps de son chauffeur Fidèle Bazana n'a jamais été retrouvé.

Floribert Chebeya s'était rendu la veille à une convocation de l'inspecteur général de la police nationale, le général John Numbi. Cinq policiers ont été condamnés devant la justice militaire en 2011 à l'issue d’un procès, considéré comme bâclé par les parties civiles, mais le principal suspect John Numbi est toujours en liberté. Le 2 juin 2010, plusieurs organisations et des hauts fonctionnaires des Nations unies, à l'image d'Amnesty International ou de Ban Ki-moon, avaient appelé à une enquête transparente. Le procès en première instance et en appel n'a pas pu apporter des éclaircissements sur le crime.

Le commanditaire toujours libre

L’association La Voix des sans voix défend depuis la fin des années 80 les prisonniers politiques, dénonce la corruption et touche à des sujets sensibles, comme la suppression de la Cour d'ordre militaire, instituée par Laurent-Désiré Kabila. 

Aujourd'hui, l'association et plusieurs organisations congolaises "demandent au président de la République de relever de ses fonctions le général John Numbi", inspecteur général de la police à l'époque des faits et actuel inspecteur général des Forces armées de la République démocratique du Congo. Le général Numbi a été nommé à son poste actuel par l'ancien président Joseph Kabila, au pouvoir entre 2001 et 2019. Il a ensuite été détaché fin 2019 à Beni (est) avec l'état-major pour lutter contre les massacres de civils attribués au groupe armé des Forces démocratiques alliées.

Lutter contre l'impunité

Ces organisations considèrent que ce geste serait comme "un signal fort de lutte contre l'impunité des crimes contre les défenseurs des droits de l'Homme". Elles demandent que John Numbi soit mis "à la disposition de la justice en garantissant ses droits à la défense". Le président de La Voix des sans voix a également demandé au chef de l'Etat, "magistrat suprême", la réouverture du procès Chebeya.

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