Les forêts africaines sont-elles en danger comme celle de l'Amazonie ?

Forêt tropicale à Mayombe au Congo
Forêt tropicale à Mayombe au Congo (MICHEL GUNTHER / BIOSPHOTO / AFP)

Congo, RDC, Gabon, Côte d'Ivoire... Les forêts tropicales africaines connaissent-elles le même sort que la forêt amazonienne ? La réponse est, semble-t-il, non... pour l'instant. Le deuxième poumon vert de la planète est cependant menacé. A quel point ? 

"Notre maison brûle. Littéralement", a lancé Emmanuel Macron à propos des feux de forêts en Amazonie, reprenant la phrase prononcée par Jacques Chirac il y a maintenant... 17 ans. Ces feux de forêt touchent le principal poumon vert de la planète. Mais notre terre possède d'autres poumons. Avec plus de 240 millions d’hectares de couvert forestier, l’Afrique abrite dans sa partie centrale la deuxième plus grande forêt tropicale au monde, après l’Amazonie et avant la Papouasie-Nouvelle Guinée. Mais selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la forêt humide ne couvrirait en Afrique que 37% de son hypothétique superficie "initiale". 

220 millions d'hectares de forêt dans le bassin du Congo 

Et là aussi, les arbres sont en danger. Une photo a laissé penser que la situation était aussi grave en Afrique qu'en Amérique latine. Elle montre qu'en Afrique aussi les risques pour la forêt sont importants même si le phénomène n'est pas tout à fait comparable.

Les incendies en Afrique centrale sont "très peu comparables à l'Amazonie" , car ils ne frappent pas les mêmes écosystèmes : les incendies en Amazonie ont lieu dans les zones déforestées ou "des forêts humides", alors que ceux en Afrique centrale touchent essentiellement des écosystèmes agricoles, explique Guillaume Lescuyer, spécialiste de l’Afrique centrale au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) à l’AFP.

"Les zones de forêts humides en Afrique centrale se trouvent dans le nord de la République démocratique du Congo (RDC), du Gabon au Sud du Cameroun, détaille Guillaume Lecuyer. Or, les zones de feu que l’on observe sur la carte ne sont pas dans cette zone. Plutôt en Angola, en Zambie”, poursuit-il.

Il n'empêche que la forêt africaine est menacée. Menacée par le développement de l'agriculture, la démographie, l'amélioration des voies de circulation qui permettent de pénétrer les forêts et aussi par les investissements industriels. Tous ces facteurs, plus ou moins maîtrisés, se conjuguent pour menacer les quelque 4 millions de km² du bassin du Congo et ses 220 millions d’hectares de forêt.

"Victime de la prédation de grandes entreprises qui sont sans véritables contrôles"

Parc national de Bwindi en Ouganda. La forêt, qui abrite notamment des gorilles des montagnes, est entourée de paysans qui brûlent et coupent des arbres pour exploiter la terre. 
Parc national de Bwindi en Ouganda. La forêt, qui abrite notamment des gorilles des montagnes, est entourée de paysans qui brûlent et coupent des arbres pour exploiter la terre.  (ANTOINE LORGNIER / ONLY WORLD / AFP)

"Evidemment la forêt du Bassin du Congo, qui s’étend sur six Etats (Cameroun, Centrafrique,  Congo, Gabon, Guinée Equatoriale et RDC), est victime de la prédation de grandes entreprises qui sont sans véritables contrôles. Contrairement à l’Amazonie, en Afrique centrale la déforestation est surtout réalisée par des entreprises étrangères et accessoirement par les agriculteurs locaux. La Chine, la Russie et des Etats asiatiques sont accusés de vastes plans de déforestation pour des cultures d’exportation, comme le palmier à huile et pour des exploitations minières", écrit Le Monde Afrique. 

Le président congolais (RDC), Félix Tshisekedi, s'est lui même inquiété de la situation : "Au rythme actuel d’accroissement de la population et de nos besoins en énergie, nos forêts sont menacées de disparition à l’horizon 2100", a-t-il affirmé fin août. "On exploite les forêts de manière anarchique, (sans) appliquer les exigences du Code forestier… On laisse partir, comme ça, tout un patrimoine à cause de la corruption, à cause de la léthargie des responsables politiques. Il y a une exploitation vraiment irresponsable !", s'est indigné pour sa part Monseigneur Fulgence Muteba, évêque de Kilwa, interrogé par RFI.

"En Afrique occidentale, la forêt a perdu 85% de sa superficie initiale"

Il faut dire que la pression sur la forêt est importante. "Au début du mois de février, le gouvernement de la République démocratique du Congo a autorisé deux entreprises forestières chinoises à exploiter 650 000 hectares de forêts en violation des lois du pays. Ces forêts sont censées être protégées de l'exploitation industrielle par un moratoire adopté en 2002", a dénoncé Greenpeace.

En ce qui concerne les forêts tropicales africaines, les situations varient assez fortement d'une région à l'autre. "Le taux annuel de déboisement serait de 0,4 à 0,6% en Afrique centrale et la forêt recouvrirait encore plus de la moitié de sa surface initiale. En revanche la déforestation dépasse 2% par an en Afrique occidentale, la forêt ayant perdu 85% de sa superficie initiale", note Pierre Jacquemot, chercheur associé à l'IRIS, ancien Ambassadeur de France. La forêt de la Côte d’Ivoire est passée en 50 ans de 8 millions d’hectares à 1,5, essentiellement des réserves classées. Les pieds de café ou de cacao qui rapportent davantage ont remplacé les arbres, parfois centenaires, note-t-il. Selon National Geographic, citant des chiffres de l’ONG Mighty Earth, "près de 14 000 hectares de forêt ont disparu au Ghana et en Côte d’Ivoire en 2018 au profit de la culture du cacao, soit l’équivalent de 15 000 terrains de football".

Comme pour le soja au Brésil, le cacao africain est essentiellement destiné aux pays développés et fait vivre une nombreuse population. "Le secteur du cacao fait vivre des centaines de milliers d’Africains", note National Geographic reconnaissant la difficulté de concilier forêt et exploitation agricole.  

Initiatives internationales pour les forêts d'Afrique

Le président Macron a d'ailleurs pris conscience du phénomène et entend aussi agir en Afrique en s'appuyant sur l'Initiative pour les forêts d'Afrique centrale (CAFI) lancée en 2015. Le Congo devrait bénéficier dans ce cadre d'une aide de 65 millions de dollars. "L'accord prévoit notamment la mise en œuvre de plans d’utilisation des sols favorisant la protection et la gestion durable des tourbières de la République du Congo, en interdisant tout drainage et assèchement", précise la CAFI.

Pour tenter de résoudre les conflits d'intérêts dans les pays disposant d'importantes forêts, la communauté internationale (les pays riches en particulier) essayent de construire des solutions qui permettent aux pays pauvres de vivre de leurs forêts en les défendant. Des initiatives ont été prises lors des sommets sur le climat pour tenter de valoriser les pays qui défendent leurs forêts. La Banque mondiale présente des initiatives (complexes) destinées à financer les pays qui font cet effort. 

Une maxime africaine, en langue goune (Bénin), ne dit-elle pas que "celui qui met le feu à la forêt, met aussi le feu à sa pitance et à son ventre" ?

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