Ebola : trois questions sur l'état d'"urgence sanitaire mondiale" décrété par l'OMS

Une femme se fait prendre la température dans un centre médical consacré à Ebola, le 16 juillet 2019, à Goma (République démocratique du Congo). 
Une femme se fait prendre la température dans un centre médical consacré à Ebola, le 16 juillet 2019, à Goma (République démocratique du Congo).  (JOHN WESSELS / AFP)

Malgré une campagne de vaccination et une rapide réaction internationale, l'épidémie continue de se propager en République démocratique du Congo. Quelque 1 700 personnes sont mortes dans le pays depuis l'été dernier.

Il y a un mois, l'alerte n'avait finalement pas été déclenchée. Cette fois-ci, l'épidémie d'Ebola a été élevée, mercredi 17 juillet, au rang d'"urgence sanitaire mondiale" par l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Une décision prise trois jours après la mort d'un malade à Goma, la deuxième ville de la République démocratique du Congo (RDC). Franceinfo vous explique ce que change cette procédure.

Pourquoi passer en "urgence sanitaire" ?

Cette mesure exceptionnelle coïncide avec la mort d'un malade à Goma en début de semaine. Cette ville de deux millions d'habitants située sur les rives du lac Kivu est un carrefour majeur dans la région car elle se trouve à proximité des frontières avec le Rwanda et l'Ouganda. Sur le plan aérien, elle dispose de liaisons avec l'Ouganda, l'Ethiopie et Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo.

Capture d\'écran de la ville de Goma, en République démocratique du Congo.
Capture d'écran de la ville de Goma, en République démocratique du Congo. (GOOGLE MAPS)

Se pose désormais la question du nombre de contacts que le malade a pu avoir à partir du moment où il a développé les premiers symptômes. Mercredi soir, les autorités ougandaises disaient rechercher des personnes qui auraient pu le croiser. Car le virus Ebola se transmet à l'être humain par contact, soit avec des animaux infectés (en général en les dépeçant, en les cuisant ou en les mangeant), soit avec des fluides biologiques de personnes infectées. Si les autorités de la RDC sont sur le qui-vive, c'est parce que l'épidémie a déjà fait près de 1 700 morts dans le pays depuis l'été dernier.

Que prévoit cette mesure exceptionnelle 

Cette mesure n'a été décrétée que quatre fois par l'OMS : en 2009 pour la grippe H1N1, en 2014 pour la poliomyélite, en 2014 pour l'épidémie d'Ebola qui a fait 11 000 morts au Liberia, en Guinée et au Sierra Leone et en 2016 pour le virus Zika. Selon les critères du règlement sanitaire international de l'OMS, cette procédure signifie que la situation est "grave, soudaine, inhabituelle ou inattendue", avec des conséquences sanitaires "au-delà des frontières nationales de l'Etat touché", ce qui "peut exiger une action internationale immédiate".

Dans un communiqué, l'OMS précise que cette déclaration d'urgence sanitaire mondiale ne préjuge pas de l'efficacité des équipes sanitaires sur place. Mais qu'il s'agit "plutôt d'une mesure pour reconnaître les risques potentiels au niveau local et régional et la nécessité d’une action intensifiée et coordonnée pour y faire face"En clair, "il est crucial que les Etats n'utilisent pas le statut d’urgence mondiale comme excuse pour imposer des restrictions au commerce et aux déplacements qui auraient un impact négatif sur la réponse sanitaire et sur la vie de la population dans la région", souligne le professeur Robert Steffen, chef du comité d’urgence de l'OMS.

Quels sont les risques de propagation ?

Sur ce point, l'OMS se veut assez rassurante. Selon l'organisation onusienne, l'épidémie demeure à l'heure actuelle une menace régionale plutôt que mondiale. "Le risque de dissémination d'Ebola dans la région reste élevé, mais il reste faible en dehors", explique le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, soulignant qu'il n'est pas nécessaire pour le moment de fermer les frontières, de contrôler les ports ou les aéroports en dehors de la région concernée ou d'arrêter de faire du commerce. "Il est essentiel d'éviter les conséquences économiques punitives avec des restrictions sur les voyages et le commerce pour les communautés affectées", ajoute-t-il.

Néanmoins, l'OMS demande aux Etats et aux laboratoires de "redoubler d'efforts" pour "en finir avec cette épidémie et construire un meilleur système de santé". Réunis à Genève, les experts ne cachent pas leur "déception au sujet des retards dans le financement" de l'aide. La priorité est d'accélérer la production du vaccin, dont les stocks s'amenuisent.

"Nous devons changer de méthode" dans la riposte anti-Ebola, a réagi de son côté Médecins sans frontière. "Dans un contexte où la recherche des contacts n'est pas totalement efficace et où toutes les personnes affectées ne sont pas atteintes, une approche de plus grande envergure est indispensable pour la prévention de l'épidémie", ajoute l'association. Début mars, l'ONG avait annoncé le retrait de ses équipes de Beni et Butembo, les principaux foyers de l'épidémie, après des attaques armées contre des centres de traitement d'Ebola.

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