Des tueries font plus d'une centaine de morts dans le nord-est de la République démocratique du Congo (RDC)

Des réfugiés se tiennent devant des tentes dans un camp de personnes déplacées à l\'extérieur de la ville de Bunia, dans la province d\'Ituri (République démocratique du Congo), le 21 juin 2019.
Des réfugiés se tiennent devant des tentes dans un camp de personnes déplacées à l'extérieur de la ville de Bunia, dans la province d'Ituri (République démocratique du Congo), le 21 juin 2019. (SAMIR TOUNSI / AFP)

Depuis le mois de mai 2019, une centaine de personnes, au moins, a été tuée dans des attaques menées par des miliciens non encore identifiés en Ituri, dans le nord-est de la République démocratique du Congo. 

"On a dépassé le chiffre de 160 personnes tuées entre le 10 et 12 juin", affirme le nouveau gouverneur de la province de l'Ituri, Jean Bamanisa Saïdi. Et ce en raison d'attaques menées par des miliciens non encore identifiés. "On a un grand nombre de personnes déplacées", ajoute le responsable, reprenant le chiffre de 300 000 avancé par le Haut commissariat aux réfugiés (HCR) de l'ONU. 

Les violences intercommunautaires entre Lendus et Hemas, deux des communautés qui habitent la région, ont repris depuis décembre 2017. Elles ont déjà fait des centaines de morts, avant même les tueries de ces derniers jours. Ce conflit ne date pas d'aujourd'hui. Un article de Libération rappelle qu'"entre 1999 et 2003, des dizaines de milliers de personnes sont tuées, alors que le Rwanda et l’Ouganda jouent des tensions en Ituri, soutiennent et arment des milices hemas et lendues pour mener leurs batailles d’influence en RDC".

Ces massacres ravivent le souvenir du conflit de 1999-2003 entre deux communautés locales, les Lendus, en majorité agriculteurs, et les Hemas, le plus souvent éleveurs et qui tiennent le commerce du chef-lieu Bunia, dans une province également convoitée pour son or et son pétrole le long du lac Albert.

"Ce n'est pas un conflit inter-ethnique. Les Hemas n'ont pas répondu", affirme cependant le gouverneur. Les massacres seraient le fait de membres "égarés" de la communauté lendue regroupés dans une sorte de secte politico-militaro-religieuse, la Coopérative pour le développement du Congo (Codéco).

"Main noire","planificateur", "tireurs de ficelles".

"La Codéco a fait croire aux Lendus qu'on leur a tout pris", glisse une source officielle. "Ils se battent pour la libération de l'homme lendu du joug de l'homme hema, perçu comme un blocage à leur développement", analyse l'abbé Alfred Buju, de l'organisation Caritas, cité par l'AFP.

Ce discours de la Codéco est un "non-sens", s'insurge un représentant de la communauté lendue, Me Célestin Tawara Angaika : "Nous ne sommes pas sous la domination des Hemas. Il y a des Lendus médecins ou avocats, comme moi qui vous parle. Il y a des Lendus vice-gouverneur et président de l'Assemblée territoriale".

Résultat, la thèse du complot bat son plein. On parle de "main noire", "planificateur", "tireurs de ficelles"...  En Ituri, dans le nord-est de la République démocratique du Congo, aucun responsable provincial ne met sur le compte d'un simple conflit communautaire, tribal ou ethnique l'irruption des tueries qui sévissent depuis le 10 juin.

"Les planificateurs veulent que la province s'embrase coûte que coûte, comme en 1999", poursuit Me Tawara Angaika, qui reprend à son compte la thèse d'une  "main noire" derrière les violences. Même discours du côté hema.

Une conférence de paix est annoncée dans les mois qui viennent en Ituri. 

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