Quatre questions sur la crise en Gambie et la possible intervention militaire africaine

Une femme s\'apprête à quitter le pays placé en état d\'urgence par le président sortant Yahya Jammeh, le 18 janvier 2017 à Banjul (Gambie).
Une femme s'apprête à quitter le pays placé en état d'urgence par le président sortant Yahya Jammeh, le 18 janvier 2017 à Banjul (Gambie). (ANADOLU AGENCY / AFP)

Le président sortant refuse de reconnaître sa défaite. Le Sénégal et le Nigeria ont brandi la menace d'une intervention militaire pour faire appliquer le résultat de la présidentielle.

La crise politique prend de l'ampleur en Gambie. Après la défaite électorale du président sortant Yahya Jammeh, de vives tensions ont éclaté dans le pays. Alors que des habitants et des touristes ont fui le territoire, mercredi 18 janvier, l'armée de l'air nigériane dit avoir envoyé 200 hommes et des avions au Sénégal, afin de faire appliquer la victoire du président élu Adama Barrow. 

Le président élu Adama Barrow lors d\'une réunion consacrée à la crise politique, le 13 janvier 2017, à Serekunda (Gambie).
Le président élu Adama Barrow lors d'une réunion consacrée à la crise politique, le 13 janvier 2017, à Serekunda (Gambie). (YUSUPHA SAMA / ANADOLU AGENCY / AFP)

Yahya Jammeh, qui dirige ce pays pauvre d'une main de fer depuis 22 ans, affirme vouloir rester en place tant que la justice n'aura pas statué sur ses recours électoraux, malgré les pressions internationales. Résumé de la situation.

Pourquoi ces tensions ?

Ce petit pays anglophone d'Afrique de l'Ouest est plongé dans une grave crise depuis que Yahya Jammeh a annoncé, le 9 décembre, qu'il ne reconnaissait plus les résultats de la présidentielle du 1er décembre. Une semaine auparavant, il avait pourtant félicité Adama Barrow pour sa victoire.

Le président sortant gambien Yahya Jammeh, lors d\'un sommet africain à Yamoussoukro (Côte d\'Ivoire), le 28 mars 2014.
Le président sortant gambien Yahya Jammeh, lors d'un sommet africain à Yamoussoukro (Côte d'Ivoire), le 28 mars 2014. (ISSOUF SANOGO / AFP)

Le climat s'est encore alourdi quand Yahya Jammeh a décrété l'état d'urgence pour 90 jours, mardi, avec l'approbation de l'Assemblée nationale. Mai Fatty, un des conseillers d'Adama Barrow, a jugé "illégale" cette proclamation, dans un message posté sur Facebook.

"Si Jammeh ne démissionne pas à minuit, il sera déclaré hors-la-loi (...) et sera traité en conséquence", a averti Mai Fatty. Malgré l'état d'urgence, un membre de la coalition soutenant Adama Barrow a assuré qu'une "grande célébration" aurait lieu pour sa prestation de serment, jeudi. Le choix du lieu est confié à la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao).

Quelle est la situation sur place ?

La capitale, Banjul, a des allures de ville en sommeil : circulation réduite, boutiques fermées et denrées qui s'amenuisent dans plusieurs quartiers. A Old Jeshwang, dans la banlieue, le poisson, le pain et les recharges de crédit téléphonique commencent à manquer, car les vendeurs ont fui la Gambie.

Des groupes de touristes sont évacués de leurs hôtels en bus lors d'opérations organisées par le voyagiste britannique Thomas Cook, qui a décidé de rapatrier un millier de Britanniques et a proposé à 2 500 autres clients en Gambie un retour anticipé. Le géant du tourisme TUI a annoncé l'évacuation d'environ 800 clients.

A l'exception des cas les plus graves, tous les malades admis à l'hôpital Edward Francis Small ont commencé à être transférés vers d'autres établissements. En effet, le plus grand hôpital du pays est proche du palais présidentiel, indique un membre de son personnel.

Quelles sont les solutions de sortie de crise ?

"Une initiative mauritanienne" est sur pied afin de trouver "une solution de la crise en Gambie", a indiqué à l'AFP une source officielle à Nouakchott, sans plus de détails. Le chef de l'Etat mauritanien, Mohamed Ould Abdel Aziz, a pris l'avion mercredi après-midi pour Banjul. 

A New York, le Sénégal a présenté au Conseil de sécurité des Nations unies un projet de résolution pour soutenir les efforts de la Cédéao sur le dossier gambien, selon des diplomates. Dakar demande à l'ONU de soutenir "toutes les mesures nécessaires" pour la passation de pouvoir.

Une intervention militaire est-elle possible ?

En dernier ressort, la Cédéao n'exclut pas l'éventualité d'une intervention militaire en Gambie. Le Sénégal est prêt. "Nos troupes sont en alerte et s'entraînent depuis le début de la crise. L'ultimatum prend fin à minuit. Si la solution politique échoue, nous allons engager" les opérations en Gambie, avertit le porte-parole de l'armée sénégalaise.

Le Nigeria, poids lourd régional et continental, a envoyé "un contingent de 200 hommes, ainsi qu'une flotte d'aviation comprenant un avion de combat, des cargos, un hélicoptère et un avion de surveillance et de reconnaissance à Dakar", explique un communiqué.

Adama Barrow, accueilli le 15 janvier au Sénégal dans l'attente de son investiture, à la demande de la Cédéao, n'est plus apparu en public. Mais son entourage assure qu'il prêtera serment, jeudi.

Vous êtes à nouveau en ligne