Procès des "disparus du Novotel" : le directeur de l'hôtel "nous a sauvé la vie", raconte Grégory Philips

L\'hôtel Novotel d\'Abidjan, en Côte d\'Ivoire, le 8 avril 2011.
L'hôtel Novotel d'Abidjan, en Côte d'Ivoire, le 8 avril 2011. (JANE HAHN / EPA)

Le procès des disparus du Novotel d'Abidjan, le 4 avril 2011, s'est ouvert mardi à dans la capitale de la Côte d'Ivoire, avant d'être reporté. Grégory Phillips, grand reporter pour franceinfo, a raconté cette journée où le directeur de l'hôtel, Stéphane Frantz Di Rippel, a sauvé sa vie, au péril de la sienne.

Le procès des "disparus du Novotel" d'Abidjan s'est à peine ouvert, mardi 31 janvier en Côte d'Ivoire, qu'il a été reporté au 21 février en raison notamment de l'absence d'une partie des accusés. La justice doit faire la lumière sur les évènements du 4 avril 2011. Il y a presque six ans, quatre hommes étaient enlevés dans un hôtel d'Abidjan puis assassinés, dont le directeur français du Novotel, Stéphane Frantz Di Rippel. Ils ont été tués par un commando qui pourrait appartenir à Laurent Gbagbo, le président déchu, qui refusait de reconnaître sa défaite. Grégory Phillips, le directeur adjoint de la rédaction de franceinfo, était grand reporter au moment des faits. Il se trouvait dans cet hôtel. Témoignage. 

franceinfo : Que s'est-il passé ce 4 avril 2011 ?

Gregory Philips : C'est le chaos à Abidjan, on est dans ces violences post-életorales. Le 4 avril, nous sommes à la réception de l'hôtel avec quelques journalistes. Stéphane Frantz Di Rippel, le patron de l'hôtel, nous dit "Attention des hommes armés viennent de faire irruption dans l'hôtel, il faut aller vous cacher." C'est ce qu'on fait et, le temps de courir vers les ascenseurs, on voit des miliciens en arme, une douzaine, qui investissent les lieux. On monte tous au dernier étage et on se planque dans nos chambres. On a juste le temps de prévenir les soldats français qui se trouvent dans un camp militaire à la sortie d'Abidjan. Une demi-heure plus tard, quelqu'un du personnel vient nous voir pour nous dire qu'on peut sortir. Dans l'heure qui vient, on comprend que quatre personnes ont été emmenées par ces hommes en arme. Dans un premier temps, on pense qu'ils sont emmenés au commissariat et qu'ils reviendront le soir ou le lendemain matin. On n'imagine pas le pire. C'est dans les jours qui viennent qu'on a compris ce qu'il s'est passé.

Peut-on dire que le directeur du Novotel vous a sauvé la vie ?

Nous, on est caché au 8e étage et il est arrêté au 7e. D'après ce qu'on a compris, ils lui mettent un fusil sur la tempe. Sous la menace, Stéphane Frantz Di Rippel aurait très bien pu dire "oui, je vous emmène au 8e étage". Il ne le fait pas. Il dit : "il n'y a personne". C'est à partir de ce moment-là qu'ils l'ont emmené. On le connaissait depuis la veille, on venait d'arriver à Abidjan. C'est vraiment un geste héroïque. Imaginez vous dans la même situation. Lui, il a eu le courage de ne pas nous dénoncer.

Est-ce qu'on sait ce qu'il s'est passé après leur enlèvement ?

Il semble qu'ils aient été emmenés dans un commissariat d'Abidjan. Ils ont été interrogés, sans doute torturés et tués. Le corps de Stéphane Frantz Di Rippel n'a jamais été retrouvé. Des semaines après, on a retrouvé celui d'Yves Lambelin, un chef d'entreprise français. Le procès va dire exactement ce qu'il s'est passé. C'est important pour nous et pour les familles de ces quatre personnes. On est redevable. C'est le geste d'un héros qui a sauvé des gens au péril de sa vie. C'est important d'en parler encore six ans après.

Témoignage de Grégory Philips, grand reporter pour franceinfo, présent dans l'hôtel le 4 avril 2011.
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