Zimbabwe: au secours, Mugabe revient!

L'ex-président zimbabwéen Robert Mugabe était très discret depuis sa démission forcée en novembre 2017. Mais il vient de déclencher un vent de panique dans le parti qu'il a dirigé pendant des décennies, la Zanu-PF, en posant aux côtés d'un ancien général, candidat d'opposition à la présidentielle de 2018. L’ancien homme fort du pays, âgé de 94 ans, souhaite-t-il revenir dans la course?


Sur la photo publiée sur le site du journal New Zimbabwe, l'ancien homme fort du Zimbabwe, costume de couleur et cravate, se tient debout, l’air un peu contraint, auprès de l'officier à la retraite Ambrose Mutinhiri, en chemise noire, lui tout sourire.

Ce dernier dirige la nouvelle formation politique du Front national patriotique (NFP), créé discrètement dans la foulée de la chute de Robert Mugabe le 21 novembre 2017. Un parti fondé «avec le soutien» de l’ex-dirigeant, commente le site zimbabwéen news24. Et il y a peu, Ambrose Mutinhiri, qui a démissionné de la Zanu-PF, a annoncé sa candidature à la présidentielle prévue d'ici août.

La photo des deux hommes, placée en haut du communiqué de presse du NFP, a fait l'effet d'une bombe au sein de la Zanu-PF, que Robert Mugabe dirigeait encore jusqu'à mi-novembre. La Ligue des jeunes de la Zanu-PF, qui a pendant des décennies soutenu Robert Mugabe, a dénoncé avec virulence l'attitude de l'ancien président, scandant «A bas Mugabe» pendant une réunion le 7 mars à Harare, la capitale du pays. Une situation impensable il y a encore quelques mois.

Le nouveau chef de l'Etat, Emmerson Mnangagwa, patron de la Zanu-PF et candidat à la présidentielle, a reconnu qu'«il y avait un problème avec l'ancien président». «On voit, dans les médias, différentes suppositions» sur les activités de Robert Mugabe, mais «nous ne savons pas ce qui relève de la réalité ou pas. C'est un sujet sur lequel nous nous penchons», a-t-il assuré. Sans plus de précisions.

Le nouveau président «mal à l'aise»
La photo «conforte l'idée que la famille Mugabe est bien derrière le projet» du NFP de présenter un candidat à la présidentielle contre la Zanu-PF, pense l'analyste Gideon Chitanga interrogé par l'AFP. Pour les experts, Emmerson Mnangagwa a toutes les raisons d'être «mal à l'aise». «C'est la panique en coulisses, en particulier à la Zanu-PF», affirme l'un d'eux, Brian Kagoro du centre de réflexion UHAI Africa.

La démission d'Ambrose Mutinhiri de la Zanu-PF et l'annonce de sa candidature à la présidentielle ont mis en évidence les profondes divisions au sein du parti au pouvoir et les tentatives destinées à obtenir le soutien de la très influente armée. C'est sous la pression des militaires, de la rue et de son propre parti, que Robert Mugabe avait dû renoncer au pouvoir le 21 novembre, après 37 ans à la tête du pays.

Depuis, il s'était fait extrêmement discret, sauf quand avait été détaillé le «beau plan de retraite» de Captain Bob et de Madame, Grace, elle aussi assoiffée de pouvoir et d’argent. Jusqu'à ce retour photographique.

Selon les experts, en dépit des remous provoqués par Robert Mugabe, il est peu probable que le NFP joue les trouble-fêtes à la présidentielle. «On essaye de créer l'impression que Mugabe a encore des soutiens», estime Derek Matyszak, analyste politique indépendant zimbabwéen. «Mais je ne pense pas que cela va aller très loin», avance-t-il. Robert Mugabe «n'est pas habitué à ne pas exercer le moindre pouvoir», note-t-il. «Mais je ne peux pas imaginer qu'il revienne vraiment dans la sphère politique parce qu'il dépend de Mnangagwa pour avoir une retraite confortable. Et Grace idem.»

«Robert Mugabe est un chef d’Etat africain respecté, un pilier du mouvement de libération nationale et l’un des pères fondateurs du Zimbabwe», commente le journal zimbabwéen Chronicle. «Mais en acceptant d’être instrumentalisé par sa femme et le G40 (une faction du Zanu-PF), il salit son bilan et sa place dans l’Histoire. (…) (Il) est au crépuscule de sa vie (…) et peut être facilement manipulé par son entourage. Sa décision de donner son onction (…) à Ambrose Mutinhiri (…) montre qu’il n’a rien appris des évènements de novembre
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