Tunisie : un contrat de lobbying qui pourrait aggraver les ennuis judiciaires du candidat à la présidentielle Nabil Karoui

Un partisan de Nabil Karoui montre des tracts électoraux du candidat à la présidentielle, actuellement en prison (photo prise le 3 octobre 2019).
Un partisan de Nabil Karoui montre des tracts électoraux du candidat à la présidentielle, actuellement en prison (photo prise le 3 octobre 2019). (REUTERS - ZOUBEIR SOUISSI / X02856)

Selon le site Al-Monitor, le candidat emprisonné aurait signé un contrat d'un montant d'un million de dollars, somme dépassant le seuil des dépenses de campagne autorisées. 

L'affaire, assez mystérieuse au demeurant, a déclenché une polémique en Tunisie et suscité de nombreux commentaires sur les réseaux sociaux et dans la presse. Dans le cadre d'une directive obligeant les lobbyistes à détailler leurs activités au profit d'étrangers, le département de la Justice américain a publié un document prévoyant l'intervention de la société de consulting politique Dickens & Madson Canada Inc. en faveur de Nabil Karoui, candidat pour le second tour à la présidentielle en Tunisie. Le document publié par le site Al-Monitor comprend un contrat signé par un tiers au profit de Nabil Karoui, homme d'atfaires controversé et patron de Nessma TV. La société de consultants s'y engage à "faire du lobbying aux Etats-Unis, en Russie, à l'ONU (...) afin d'obtenir la présidence de la République tunisienne".

'Nous nous efforcerons d'arranger une rencontre avec l'honorable M. Donald Trump' et le président russe Vladimir Poutine, ainsi que d''obtenir un soutien matériel (...) pour parvenir à la présidence.'C'est ce que stipulerait le contrat de lobbying en faveur du candidat Nabil KarouiCité par l'AFP

Le parti du candidat, Qalb Tounes, a qualifié ce contrat de "rumeurs" et de "campagnes diffamatoires", rapporte l'AFP. 

Un contrat à un million de dollars

Le prix mentionné dans ce contrat signé le 19 août 2019, soit trois mois après l'officialisation de la candidature de Nabil Karoui, s'élève à un million de dollars pour un an. Selon le document, 250 000 dollars ont été payés le 25 septembre et les 750 000 restants sont dus mi-octobre 2019. Ce montant dépasse largement les dépenses de campagne autorisées par l'instance chargée des élections : 1,7 million de dinars (630 000 dollars) pour le premier tour et un million de dinars pour le second.

La société de consulting politique Dickens & Madson Canada Inc. est dirigée par Ari Ben Menash. L'homme est un "sulfureux homme d'affaires irano-israélien" (dixit le site huffpostmaghreb). Il se présente aussi comme un ex-agent des renseignements israéliens, selon l'AFP.

"Aucune relation de près ou de loin"

"Il n'y aucune relation de près ou de loin entre Nabil Karoui (...) et les parties ayant signé ce contrat, ainsi que son contenu", a réagi dans un communiqué Qalb Tounes (Cœur de la Tunisie), la formation politique du patron de Nessma TV. Le communiqué déplore "des campagnes féroces contre Nabil Karoui depuis plusieurs années"Qalb Tounes assure qu'il saisira la justice pour que soient punis ceux "qui visent à déformer son image, à influencer les électeurs et à perturber le processus électoral".

Nabil Karoui, homme d'affaires controversé arrivé en deuxième place au premier tour de la présidentielle le 15 septembre avec 15,6% des voix, inculpé pour fraude fiscale et blanchiment d'argent, est incarcéré depuis le 23 août. Plusieurs demandes de libération pour qu'il puisse faire campagne ont été refusées par la justice. Le deuxième tour doit avoir lieu le 13 octobre.

Si elle se vérifie, cette nouvelle affaire "est considérée comme un soutien et un financement étrangers, et un dépassement des limites fixées par l'ISIE (Instance supérieure indépendante pour les Elections, NDLR) pour le financement des campagnes électorales. Une double infraction donc, que la loi électorale considère comme des crimes pouvant faire chuter la candidature de M. Karoui à la présidentielle, ainsi que celles des listes de son parti aux législatives", affirme le site kapitalis.com. Un avis partagé par d'autres observateurs de la vie politique tunisienne.

Le lobbying, une pratique a priori bien ancrée en Tunisie

Apparemment, plusieurs autres dirigeants politiques tunisiens ont eu recours à des lobbyistes internationaux, selon les documents publiés par le département de la Justice des Etats-Unis, mais pour des montants moins élevés. On y trouve ainsi plusieurs contrats concernant le parti d'inspiration islamiste Ennahdha. La firme de conseil BCW a déclaré en août 2019 avoir été employée pour 7500 dollars par ce parti. Objectif : l'aider à "contacter des médias et des décideurs", dont plusieurs cadres du département d'Etat américain.

Le cabinet de relations publiques Burson-Marsteller, qui fait partie de BCW, avait également déclaré en février 2019 avoir été employé pour contacter des élus américains et des journalistes. Il a mentionné des paiements de 200 000 dollars au total. Selon l'AFP, la mécène Olfa Rambourg, chef de file du mouvement Aïch Tounsi et candidate aux législatives à Bizerte, a également signé un contrat avec une firme américaine afin d'organiser des rencontres avec des décideurs économiques aux Etats-Unis et en Europe. La facture s'élève à 28 000 dollars de mai à juin 2019.

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