Soudan : les manifestants contre Omar el-Béchir soutiennent ceux contre Bouteflika en Algérie

Le président soudanais Omar el-Béchir (C) assiste à la prestation de serment des nouveaux gouverneurs de provinces, au palais présidentiel de Khartoum le 24 février 2019. 
Le président soudanais Omar el-Béchir (C) assiste à la prestation de serment des nouveaux gouverneurs de provinces, au palais présidentiel de Khartoum le 24 février 2019.  (ASHRAF SHAZLY / AFP)

Malgré l’instauration de l’état d’urgence par le président el-Béchir au Soudan, les manifestants de désarment pas. Ils poursuivent la contestation du régime tout en soutenant celle des Algériens opposés à un 5e mandat du président Bouteflika.

Alors que le président Omar el-Béchir a décrété, depuis le 22 février 2019, l’état d’urgence pour tenter de venir à bout des manifestations populaires contre son régime, un nouveau Premier ministre a prêté serment à Khartoum.

Outre Mohamed Taher Ela, ancien gouverneur de l’Etat agricole d’Al-Jazira, nommé à ce poste, le ministre de la Défense, le général Awad Ahmed Benawf, a lui aussi prêté serment en qualité de nouveau premier vice-président, après le limogeage de Bakri Hassan Saleh, pourtant un allié de longue date du président el-Béchir.

El-Béchir veut ouvrir "une nouvelle page d'histoire du Soudan"

Ce dernier qui présidait dans son palais à la cérémonie d’investiture de "gens qualifiés" dont, selon lui, le pays a besoin, a déclaré le 24 février : "Aujourd’hui s’ouvre une nouvelle page de l’histoire du Soudan."

Vêtu de l’uniforme militaire plutôt que de la tenue traditionnelle soudanaise, il s’exprimait également devant seize officiers de l’armée et deux du puissant Service national de renseignement et de sécurité qui ont eux aussi prêté serment comme gouverneurs des 18 provinces du pays.

"Ce chapitre nécessite des gens extraordinaires comme vous (...) afin de garantir la sécurité et la stabilité dans le pays", les a encore prévenus l’homme au pouvoir depuis 30 ans à Khartoum et qui s’apprête, à l’âge de 75 ans, à briguer un troisième mandat en 2020.

Au même moment, la police anti-émeute tentait de disperser à coups de gaz lacrymogène des centaines manifestants à Omdourman, ville siamoise de la capitale, dans plusieurs quartiers de Khartoum et à Wad Medani dans le centre du pays. "Nous voulons dire au président que l'état d'urgence ne nous découragera pas", a déclaré à l’AFP Sawsane Bachir d’Omdourman. "Notre objectif est de renverser ce régime et nous allons réussir."

La contestation soudanaise étend le domaine de sa lutte à l'Algérie

Toute à son défi lancé au pouvoir d’el-Béchir, la contestation soudanaise en a profité pour élargir son horizon. En pleine manifestation à Khartoum, les Soudanais ont commencé à lancer des slogans en solidarité avec les Algériens.

En parallèle à celui exigeant "la chute du régime d’el-Béchir c’est tout !", des slogans contestant au président Abdelaziz Bouteflika le droit de briguer un cinquième mandat ont été scandés à Khartoum.

Des images vidéo montrant de jeunes Soudanais brandissant une banderole avec un chiffre 5 barré, comme à Alger, ont même circulé en soutien au refus par la rue algérienne d’accorder un mandat supplémentaire à un président frappé d’AVC.

Une connexion que seuls les réseaux sociaux pouvaient établir. De nombreux messages faisant le parallèle entre les deux pays ont circulé sur Twitter. "Des révolutionnaires du Soudan aux révolutionnaires d’Algérie, Bouteflika doit tomber c’est tout !", affirme un graffiti posté par un internaute.

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